Accéder au contenu principal

Thomas d'Aquin - I-II.q85a3 - Péché originel et influence sur la raison

Art. 3 - S'il convient de poser ces blessures de la nature provenant des conséquences du péché : faiblesse, ignorance, malice et concupiscence ? Utrum inconvenienter ponantur vulnera naturae esse, ex peccato consequentia, infirmitas, ignorantia, malitia et concupiscentia

Par la justice originelle, la raison maîtrisait parfaitement les facultés inférieures de l’âme, et elle-même trouvait la perfection dans sa soumission à Dieu. Or, cette justice originelle a été soustraite par le péché du premier parent. Et c’est pourquoi toutes les facultés de l’âme (vires animae) demeurent en quelque manière destituées (quodamodo destitutae) de l’ordre propre qui les ordonnait naturellement à la vertu : et cette destitution est dite blessure de la nature (vulneratio naturae). 

Respondeo dicendum quod per iustitiam originalem perfecte ratio continebat inferiores animae vires, et ipsa ratio a Deo perficiebatur ei subiecta. Haec autem originalis iustitia subtracta est per peccatum primi parentis, sicut iam dictum est. Et ideo omnes vires animae remanent quodammodo destitutae proprio ordine, quo naturaliter ordinantur ad virtutem, et ipsa destitutio vulneratio naturae dicitur.

Il y a en effet quatre puissances de l’âme qui peuvent être sujets des vertus, comme il a été dit ci-dessus, à savoir

  • la raison, en laquelle est la prudence ;
  • la volonté, en laquelle est la justice ;
  • l’irascible, en laquelle est la force ;
  • le concupiscible, en laquelle est la tempérance.
  • En tant donc que la raison est destituée de son ordre vers le vrai, il y a la blessure d’ignorance ;
  • en tant que la volonté est destituée de l’ordre vers le bien, il y a la blessure de malice ;
  • en tant que l’irascible est destituée de son ordre vers l’ardu, il y a la blessure d’infirmité ;
  • en tant que la concupiscence est destituée de l’ordre vers le délectable modéré par la raison, il y a la blessure de concupiscence.

Sunt autem quatuor potentiae animae quae possunt esse subiecta virtutum, ut supra dictum est, scilicet

  • ratio, in qua est prudentia;
  • voluntas, in qua est iustitia;
  • irascibilis, in qua est fortitudo;
  • concupiscibilis, in qua est temperantia.
  • Inquantum ergo ratio destituitur suo ordine ad verum, est vulnus ignorantiae;
  • inquantum vero voluntas destituitur ordine ad bonum, est vulnus malitiae;
  • inquantum vero irascibilis destituitur suo ordine ad arduum, est vulnus infirmitatis;
  • inquantum vero concupiscentia destituitur ordine ad delectabile moderatum ratione, est vulnus concupiscentiae.

Ainsi donc, il y a quatre blessures infligées à toute la nature humaine par le péché du premier parent. Mais parce que l’inclination au bien de la vertu est diminuée en chacun par le péché actuel, comme il apparaît de ce qui a été dit, ces quatre blessures sont conséquentes des autres péchés, en tant que, par le péché,

  • la raison est émoussée (hebetatur), particulièrement dans les actions pratiques (in agendis) ;
  • et la volonté est rendue dure au bien [i.e. ] ;
  • et une plus grande difficulté à bien agir s’accroît ;
  • et la concupiscence s’enflamme davantage. 

(Somme, I-II.q85a3)

Sic igitur ita quatuor sunt vulnera inflicta toti humanae naturae ex peccato primi parentis. Sed quia inclinatio ad bonum virtutis in unoquoque diminuitur per peccatum actuale, ut ex dictis patet, et ista sunt quatuor vulnera ex aliis peccatis consequentia, inquantum scilicet per peccatum

  • et ratio hebetatur, praecipue in agendis;
  • et voluntas induratur ad bonum;
  • et maior difficultas bene agendi accrescit;
  • et concupiscentia magis exardescit.

 

Sur une base de traduction de Grok (2026-01-19).

  • Dernière mise à jour le .