Thomas d'Aquin - II-II.q84a2 - Si l'adoration comporte un acte corporel
| Si l'adoration comporte un acte corporel | Utrum adoratio importet actum corporalem |
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Au deuxième article, il est procédé ainsi. Il semble que l'adoration n'importe pas un acte corporel. Il est dit en effet en Jean IV : « Les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité. » Mais ce qui se fait en esprit ne appartient pas à un acte corporel. Donc l'adoration n'importe pas un acte corporel. |
Ad secundum sic proceditur. Videtur quod adoratio non importet actum corporalem. Dicitur enim Ioan. IV, veri adoratores adorabunt patrem in spiritu et veritate. Sed id quod fit in spiritu non pertinet ad corporalem actum. Ergo adoratio non importat corporalem actum. |
| De plus, le nom d'adoration est tiré de la prière (oratio). Mais la prière consiste principalement dans un acte intérieur, selon ce mot de I aux Corinthiens XIV : « Je prierai par l'esprit, je prierai aussi par l'intelligence. » Donc l'adoration importe au plus haut point un acte spirituel. | Praeterea, nomen adorationis ab oratione sumitur. Sed oratio principaliter consistit in interiori actu, secundum illud I ad Cor. XIV, orabo spiritu, orabo et mente. Ergo adoratio maxime importat spiritualem actum. |
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De plus, les actes corporels appartiennent à la connaissance sensible. Or nous n'atteignons pas Dieu par le sens du corps, mais par celui de l'esprit. Donc l'adoration n'importe pas un acte corporel. |
Praeterea, corporales actus ad sensibilem cognitionem pertinent. Deum autem non attingimus sensu corporis, sed mentis. Ergo adoratio non importat corporalem actum. |
| Mais à l'opposé, sur ce mot d'Exode XX : « Tu ne les adoreras pas et tu ne leure rendras pas un culte », la Glose dit : « Tu ne culteras pas par l'affection, tu n'adoreras pas par l'apparence. » | Sed contra est quod super illud Exod. XX, non adorabis ea, neque coles, dicit Glossa, nec affectu colas, nec specie adores. |
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Je reponds qu'il faut dire que, comme le dit le Damascène au livre IV, parce que nous sommes composés d'une double nature, à savoir intellectuelle et sensible, nous offrons à Dieu une double adoration : l'une spirituelle, qui consiste dans la dévotion intérieure de l'esprit, et l'autre corporelle, qui consiste dans l'humiliation extérieure du corps. Et parce que, dans tous les actes de latrie1, ce qui est extérieur est référé à ce qui est intérieur comme au plus principal, cette adoration extérieure se fait à cause de l'intérieure, pour que, par les signes d'humilité que nous manifestons corporellement, notre affect soit excité à se soumettre à Dieu ; car il nous est connaturel de procéder vers les choses intelligibles par les choses sensibles. |
Respondeo dicendum quod, sicut Damascenus dicit, in IV libro, quia ex duplici natura compositi sumus, intellectuali scilicet et sensibili, duplicem adorationem Deo offerimus, scilicet spiritualem, quae consistit in interiori mentis devotione; et corporalem, quae consistit in exteriori corporis humiliatione. Et quia in omnibus actibus latriae id quod est exterius refertur ad id quod est interius sicut ad principalius, ideo ipsa exterior adoratio fit propter interiorem, ut videlicet per signa humilitatis quae corporaliter exhibemus, excitetur noster affectus ad subiiciendum se Deo; quia connaturale est nobis ut per sensibilia ad intelligibilia procedamus. |
| Au premier argument, il faut donc dire que l'adoration corporelle se fait elle aussi en esprit, dans la mesure où elle procède de la dévotion spirituelle et lui est ordonnée. | Ad primum ergo dicendum quod etiam adoratio corporalis in spiritu fit, inquantum ex spirituali devotione procedit, et ad eam ordinatur. |
| Au deuxième, il faut dire que, de même que la prière est principalement dans l'esprit, mais qu'elle s'exprime secondairement par des mots (comme il a été dit plus haut) ; de même l'adoration consiste principalement dans une révérence intérieure envers Dieu, et secondairement dans certains signes corporels d'humilité, comme lorsque nous fléchissons le genou pour signifier notre faiblesse (infirmitas) en comparaison de Dieu, ou lorsque nous nous prosternons comme professant n'être rien (nihil esse) à partir de nous-mêmes (ex nobis). | Ad secundum dicendum quod sicut oratio primordialiter quidem est in mente, secundario autem verbis exprimitur, ut supra dictum est; ita etiam adoratio principaliter quidem in interiori Dei reverentia consistit, secundario autem in quibusdam corporalibus humilitatis signis, sicut genu flectimus nostram infirmitatem significantes in comparatione ad Deum; prosternimus autem nos quasi profitentes nos nihil esse ex nobis. |
| Au troisième, il faut dire que bien que nous ne puissions pas atteindre Dieu par les sens, notre esprit est néanmoins provoqué par des signes sensibles à tendre vers Dieu. | Ad tertium dicendum quod etsi per sensum Deum attingere non possumus, per sensibilia tamen signa mens nostra provocatur ut tendat in Deum. |
1. L'adoration est l'acte intérieur et extérieur par lequel s'exerce la vertu de latrie.
Intériorité, Affect, Chose sensible, Adoration, Latrie, Geste extérieur, Signe, Signe corporel, Révérence, Dévotion, Néant, Extériorité, Humilité, Excitation, Connaturalité
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