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Thomas d'Aquin - II-II.q27a4 - Dès cette vie, la charité aime Dieu immédiatement, contrairement à la connaissance

Comme il a été dit plus haut,

  • l'acte de la vertu cognitive est perfectionné par cela que le connu est dans le connaissant ;
  • l'acte de la vertu appétitive, quant à lui, est perfectionné par cela que l'appétit est incliné vers la chose même.

C'est pourquoi il faut que

  • le mouvement de la vertu appétitive se porte vers les choses selon la condition même de ces choses,
  • tandis que l'acte de la vertu cognitive s'opère selon le mode du connaissant.

[Dieu est par soi connaissable et aimable]

Or, l’ordre même des choses est tel selon soi, que Dieu est 

  • par soi-même connaissable
  • et aimable,

puisque par son existence essentielle, il est 

  • la vérité
  • et la bonté mêmes,

par lesquelles les autres choses sont 

  • et connues
  • et aimées.

[Le cas de l'homme connaissant et aimant Dieu]

Mais, en ce qui nous concerne, puisque notre connaissance tire son origine du sens, les choses les plus proches du sens sont connaissables en premier ; et le terme ultime de la connaissance réside dans ce qui est le plus éloigné du sens.

C'est pourquoi, selon ce principe, il faut dire que l'amour (dilectio), qui est l'acte de la vertu appétitive, tend vers Dieu en premier, même dans l'état de la vie présente, et de lui il dérive vers les autres choses ; selon cela, la charité aime Dieu immédiatement, et les autres choses par la médiation de Dieu.

Dans la connaissance, en revanche, il en va inversement : c'est par les autres [choses] que nous connaissons Dieu, comme la cause par ses effets, ou par mode d'éminence ou de négation, ainsi qu'il apparaît chez Denys, dans son livre Des Noms Divins.

Respondeo dicendum quod, sicut supra dictum est,

  • actus cognitivae virtutis perficitur per hoc quod cognitum est in cognoscente,
  • actus autem virtutis appetitivae perficitur per hoc quod appetitus inclinatur in rem ipsam.

Et ideo oportet quod

  • motus appetitivae virtutis sit in res secundum conditionem ipsarum rerum,
  • actus autem cognitivae virtutis est secundum modum cognoscentis.

[---]

Est autem ipse ordo rerum talis secundum se quod Deus est

  • propter seipsum cognoscibilis
  • et diligibilis,

utpote essentialiter existens

  • ipsa veritas
  • et bonitas,

per quam alia

  • et cognoscuntur
  • et amantur.

[---]

Sed quoad nos, quia nostra cognitio a sensu ortum habet, prius sunt cognoscibilia quae sunt sensui propinquiora; et ultimus terminus cognitionis est in eo quod est maxime a sensu remotum.

Secundum hoc ergo dicendum est quod dilectio, quae est appetitivae virtutis actus, etiam in statu viae tendit in Deum primo, et ex ipso derivatur ad alia, et secundum hoc caritas Deum immediate diligit, alia vero mediante Deo.

In cognitione vero est e converso, quia scilicet per alia Deum cognoscimus, sicut causam per effectus, vel per modum eminentiae aut negationis ut patet per Dionysium, in libro de Div. Nom.

 


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