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Thomas d'Aquin - II-II.q180a1 - Intellect et volonté dans la vie contemplative

Premièrement, il semble que la vie contemplative n'ait aucun rapport avec l'affect, mais qu'elle en ait un entier avec l'intellect. En effet, le Philosophe dit, au livre II de la Métaphysique, que la fin de la contemplation est la vérité. Or, la vérité appartient totalement à l'intellect. Donc, il semble que la vie contemplative consiste totalement dans l'intellect. Ad primum sic proceditur. Videtur quod vita contemplativa nihil habeat in affectu, sed totum in intellectu. Dicit enim philosophus, in II Metaphys., quod finis contemplationis est veritas. Veritas autem pertinet ad intellectum totaliter. Ergo videtur quod vita contemplativa totaliter in intellectu consistat.
  Praetera
  Praetera

Comme il a été dit, la vie contemplative est dite être celle de ceux qui tendent principalement vers la contemplation de la vérité. Or, l’intention est un acte de la volonté, comme on l’a établi plus haut, car l’intention porte sur la fin, laquelle est l’objet de la volonté. C’est pourquoi la vie contemplative,

  • quant à l’essence même de l’action, relève de l’intellect ;
  • mais quant à ce qui meut à exercer une telle opération, elle relève de la volonté, laquelle meut toutes les autres puissances, et même l’intellect, vers son acte, comme il a été dit plus haut.

Or, la puissance appétitive meut à regarder quelque chose,

  • soit sensiblement,
  • soit intelligiblement,
  • tantôt en raison de l’amour de la chose vue — car, comme il est dit en Matthieu VI : "là où est ton trésor, là aussi est ton cœur" —
  • tantôt en raison de l’amour de la connaissance elle-même qui provient de ce regard qui pénètre à l'intérieur (inspectione).

Et c’est pour cela que Grégoire fait consister la vie contemplative dans la charité de Dieu, en tant que, précisément, par la dilection de Dieu, on s'enflamme (inardescit) pour la contemplation (conspiciendam) de sa beauté. Et parce que chacun se délecte lorsqu’il a obtenu ce qu’il aime, la vie contemplative se termine dans la délectation, laquelle est dans l’affect (in affectu), et par laquelle aussi l’amour s'intensifie (amor intenditur).

Respondeo dicendum quod, sicut dictum est, vita contemplativa illorum esse dicitur qui principaliter intendunt ad contemplationem veritatis. Intentio autem est actus voluntatis, ut supra habitum est, quia intentio est de fine, qui est voluntatis obiectum. Et ideo vita contemplativa,

  • quantum ad ipsam essentiam actionis, pertinet ad intellectum,
  • quantum autem ad id quod movet ad exercendum talem operationem, pertinet ad voluntatem, quae movet omnes alias potentias, et etiam intellectum, ad suum actum, ut supra dictum est.

Movet autem vis appetitiva ad aliquid inspiciendum,

  • vel sensibiliter
  • vel intelligibiliter,
  • quandoque quidem propter amorem rei visae, quia, ut dicitur Matth. VI, ubi est thesaurus tuus, ibi est et cor tuum,
  • quandoque autem propter amorem ipsius cognitionis quam quis ex inspectione consequitur.

Et propter hoc Gregorius constituit vitam contemplativam in caritate Dei, inquantum scilicet aliquis ex dilectione Dei inardescit ad eius pulchritudinem conspiciendam. Et quia unusquisque delectatur cum adeptus fuerit id quod amat, ideo vita contemplativa terminatur ad delectationem, quae est in affectu, ex qua etiam amor intenditur.

 

Il faut donc répondre au premier argument que du fait même que la vérité est la fin de la contemplation, elle possède la raison d'un bien désirable, aimable et délectable. Et c’est sous cet aspect qu’elle relève de la puissance appétitive. Ad primum ergo dicendum quod ex hoc ipso quod veritas est finis contemplationis, habet rationem boni appetibilis et amabilis et delectantis. Et secundum hoc pertinet ad vim appetitivam.
  Ad secundum
  Ad tertium

1. - "conspiciendam", de "conspiciendam", a une dimension active par rapport à "contemplari", comme "inspectione" plus haut. D'ailleurs, cela arive par la "dilectio" (qui suppose un acte de la raison) et non simplement par l" "amor" (plus passif). La phrase suivante, qui parle de ce dans quoi se termine la vie contemplative, la délectation, est plus passive : on utilise un passif (delectatur), les mots amor et affectus.

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