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Thomas d'Aquin - CGII.83.30 - L'intellect connaît par soi et naturellement un objet unique : l'ens

 

De plus. Puisque la nature est toujours ordonnée à un seul (ordinetur ad unum), il faut qu’à une seule puissance soit naturellement [ordonnée] à un seul objet : comme la vue à la couleur, et l’ouïe au son.

L’intellect étant donc une puissance unique, il existe pour lui un seul objet naturel dont il possède la connaissance par soi et naturellement. Or, il faut que ce soit là ce sous quoi sont compris tous les choses connues par l’intellect : de même que sous la couleur sont comprises toutes les couleurs, lesquelles sont visibles par soi.

Cela n’est rien d’autre que ce qui est (ens). Naturellement donc, notre intellect connaît ce qui est (ens), et ce qui appartient par soi à l’ens en tant que tel ; connaissance dans laquelle se fonde la connaissance des premiers principes, comme : "il n'est pas [possible] d'affirmer et de nier en même temps", et autres [principes] de ce genre.

Notre intellect ne connaît donc naturellement que ces seuls principes, et les conclusions par eux : de même que par la couleur, la vue connaît aussi bien les [sensibles] communs que les sensibles par accident.

Adhuc. Cum natura semper ordinetur ad unum, unius virtutis oportet esse naturaliter unum obiectum: sicut visus colorem, et auditus sonum.

Intellectus igitur cum sit una vis, est eius unum naturale obiectum, cuius per se et naturaliter cognitionem habet. Hoc autem oportet esse id sub quo comprehenduntur omnia ab intellectu cognita: sicut sub colore comprehenduntur omnes colores, qui sunt per se visibiles.

Quod non est aliud quam ens. Naturaliter igitur intellectus noster cognoscit ens, et ea quae sunt per se entis inquantum huiusmodi; in qua cognitione fundatur primorum principiorum notitia, ut non esse simul affirmare et negare, et alia huiusmodi.

Haec igitur sola principia intellectus noster naturaliter cognoscit, conclusiones autem per ipsa: sicut per colorem cognoscit visus tam communia quam sensibilia per accidens.

 


// : I.q16a4ad3 ; Iq5a2

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Thomas d'Aquin - I-II.q27a1ad3 - Le beau est identique au bien

Le beau est identique au bien ; seule la raison diffèrre1(sola ratione differens)

Le bien étant ce que « tous appètent [= désirent] »,

  • il [relève] à la ratio boni que d'être un repos pour l'appétit, 
  • tandis qu’il relève de la ratio pulchri que d'être un repos pour l'appétit quant à sa vue ou quant à sa connaissance [= la vue et la connaissance du bien].

C’est pourquoi les sens les plus intéressés par la beauté sont ceux qui procurent le plus de connaissances, comme la vue et l’ouïe mises entièrement au service (deservientes) de la raison ; nous parlons, en effet, de beaux spectacles et de belles musiques. Les objets des autres sens n’évoquent pas l’idée de beauté : nous ne disons pas belles les saveurs ou belles les odeurs.

Cela montre bien que le beau ajoute (addit) au bien un certain ordre à la puissance connaissante ; 

  • le bien est alors dit ce qui complaît (complacet) à l’appétit "purement et simplement" (simpliciter) ;
  • et le beau est dit ce qui plaît (placet) à l'appréhension

(Somme, I-II.q27a1ad3)

Pulchrum est idem bono, sola ratione differens. Cum enim bonum sit quod omnia appetunt, 

  • de ratione boni est quod in eo quietetur appetitus,
  • sed ad rationem pulchri pertinet quod in eius aspectu seu cognitione quietetur appetitus.

Unde et illi sensus praecipue respiciunt pulchrum, qui maxime cognoscitivi sunt, scilicet visus et auditus rationi deservientes, dicimus enim pulchra visibilia et pulchros sonos. In sensibilibus autem aliorum sensuum, non utimur nomine pulchritudinis, non enim dicimus pulchros sapores aut odores.

Et sic patet quod pulchrum addit supra bonum, quendam ordinem ad vim cognoscitivam,

  • ita quod bonum dicatur id quod simpliciter complacet appetitui;
  • pulchrum autem dicatur id cuius ipsa apprehensio placet.

1 Au lieu de : « leur seule différence procède d’une vue de la raison ».

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1. -- A noter cette question de vocabulaire chez Thomas : le bien complaît à l'appétit, le beau plaît à l'appréhension. On voit ailleurs que la complaisance est au niveau de l'amour affectif, c'est à dire le tout premier moment de l'amour. A distinguer du terme quand l'amour devient effectif.

2. -- Le bien est donc davantage objet de l'appétit (sensible - vue - ; ou spirituel - connaissance -) ; le beau, davantage objet de l'appréhension, c'est à dire de l'intellect, de l'intelligence.

3. -- Il y a donc dans le bien une dimension qui satisfait, qui vonvient, à la connaissance. Lorsqu'il s'agit d'un acte moralement mauvais, c'est cependant sous un aspect secondairement bon que l'intelligence y trouvera quelque chose de beau. Chez Arsène Lupin, rompu à l'art du vol, son vol pourra être trouvé beau dans l'exercice, dans la réalisation de son vol, pas quant au vol lui-même. C'est ce en quoi le vol comporte une part de bien qu'on trouvera le vol beau.

4. -- On se rappelle qu'il y a trois dimensions du bien dans la ratio boni, reprises d'Augustin, l'espèce, l'ordre, le mode. Ici Thomas évoque une dimension d'ordre qui établit une relation entre le bien et la puissance connaissante.

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Thomas d'Aquin - SuperPsalm.33.9 - Sur goûter d'abord, connaître ensuite

« En troisième lieu, quand il dit : gustate et videte, quoniam suavis [goûtez et voyez, parce qu’il est doux], il exhorte à expérimenter ; et concernant cela, il fait deux choses.

  • En premier lieu en effet, il exhorte à l’expérience de la communauté de vie divine (divini consortii).
  • En second lieu, à l’observance de la crainte divine, là : timete [craignez].

Concernant le premier [point], il fait deux choses.

  • En premier lieu en effet, il exhorte à l’expérience.
  • En second lieu, il pose l’effet de l’expérience : et videte quoniam [et voyez parce que].

Il dit donc : gustate et videte [goûtez et voyez], etc. L’expérience d’une chose est reçue par le sens ; mais autrement d’une chose présente, et autrement d’une [chose] absente :

  • car de la [chose] absente [elle est reçue] par la vue, l’odorat et l’ouïe ;
  • mais de la [chose] présente par le toucher et le goût ;
    • par le toucher, de la [chose] présente extérieure,
    • mais par le goût, de l’intérieure.

Mais Dieu n’est pas loin de nous, ni hors de nous, mais en nous : Jérémie 14 : toi, tu es en nous, Seigneur. Et c’est pourquoi l’expérience de la bonté divine est appelée gustation : 1 Pierre 2 : si toutefois vous goûtez combien doux, etc. Proverbes [dernier chapitre] : elle a goûté et vu que son commerce est bon.

Or l’effet de l’expérience est posé comme double.

  • L’un est la certitude de l’intellect,
  • l’autre la sécurité de l’affect.

Pour ce qui est du premier, il dit : et videte [et voyez]. Dans les [réalités] corporelles en effet, [les choses] sont vues en premier, et ensuite goûtées ; mais dans les réalités spirituelles, elles sont goûtées en premier, et ensuite vues ; parce que nul ne connaît qui ne goûte ; et c'est pourquoi il dit en premier : gustate [goûtez], et ensuite : videte [voyez].

Pour ce qui est du second, il dit : quoniam suavis est dominus [parce que le Seigneur est doux] : Sagesse 12 : ô combien bon et doux est, Seigneur, ton esprit en nous. Psaume 30 : combien grande est la multitude de ta douceur. Et ensuite : beatus vir qui sperat in eo [bienheureux l'homme qui espère en lui] : Isaïe 30 : bienheureux tous ceux qui l'attendent. »

Tertio cum dicit, gustate et videte, quoniam suavis, hortatur ad experiendum: et circa hoc duo facit.

  • Primo enim exhortatur ad experientiam divini consortii.
  • Secundo ad observantiam divini timoris, ibi, timete.

Circa primum duo facit.

  • Primo enim hortatur ad experientiam.
  • Secundo ponit experientiae effectum, et videte quoniam.

Dicit ergo, gustate et videte et cetera. Experientia de re sumitur per sensum; sed aliter de re praesenti, et aliter de absente:

quia de absente per visum, odoratum et auditum;

  • de praesente vero per tactum et gustum;
  • sed
    • per tactum de extrinseca praesente,
    • per gustum vero de intrinseca.

Deus autem non longe est a nobis, nec extra nos, sed in nobis: Hier. 14: tu in nobis es domine. Et ideo experientia divinae bonitatis dicitur gustatio: 1 Pet. 2: si tamen gustatis quam dulcis et cetera. Prov. ult.: gustavit et vidit, quoniam bona est negotiatio ejus.

Effectus autem experientiae ponitur duplex.

  • Unus est certitudo intellectus,
  • alius securitas affectus.

Quantum ad primum dicit, et videte. In corporalibus namque prius videtur, et postea gustatur; sed in rebus spiritualibus prius gustatur, postea autem videtur; quia nullus cognoscit qui non gustat; et ideo dicit prius, gustate, et postea, videte.

Quantum ad secundum dicit, quoniam suavis est dominus: Sap. 12: o quam bonus et suavis est domine spiritus tuus in nobis. Ps. 30: quam magna multitudo dulcedinis tuae. Et postea, beatus vir qui sperat in eo: Isa. 30: beati omnes qui expectant eum.

 

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