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Thomas d'Aquin - I.q4a2 - Les perfections de toutes les choses sont en Dieu

[Les perfections de toutes les choses sont en Dieu]

Les perfections de toutes les choses sont en Dieu. C'est pourquoi on l'appelle universellement parfait : car il ne lui manque aucune noblesse que l'on puisse trouver dans n'importe quel genre, comme le dit le Commentateur au livre V de la Métaphysique. Et cela peut être considéré à partir de deux raisons.

[1° Parce que toute perfection dans l'effet doit se trouver dans la cause efficiente]

Premièrement, du fait que toute perfection qui se trouve dans l'effet doit se trouver dans la cause efficiente :

  • soit selon la même raison, s'il s'agit d'un agent univoque, comme l'homme engendre l'homme ;
  • soit de manière plus éminente, s'il s'agit d'un agent équivoque, comme se trouve dans le soleil la similitude de ce qui est engendré par la vertu du soleil.

Il est manifeste en effet que l'effet préexiste virtuellement dans la cause agente ; or, préexister dans la vertu de la cause agente, ce n'est pas préexister d'une manière plus imparfaite, mais plus parfaite ; bien que préexister dans la puissance de la cause matérielle soit préexister d'une manière plus imparfaite, parce que la matière, en tant que telle, est imparfaite, tandis que l'agent, en tant que tel, est parfait.

Puisque donc Dieu est la cause efficiente première des choses, il faut que les perfections de toutes les choses préexistent en Dieu selon un mode plus éminent.

Et Denys touche cette raison au chapitre V des Noms Divins, en disant de Dieu qu'il n'est pas ceci tout en n'étant pas cela, mais qu'il est toutes choses, en tant qu'il est la cause de toutes.

[2° Parce que Dieu est l'être même subsistant par soi]

Deuxièmement, à partir de ce qui a été montré plus haut (q. 5, a. 4) : que Dieu est l'être même subsistant par soi ; d'où il découle qu'il doit contenir en soi toute la perfection de l'être.

[Majeure :] Il est manifeste en effet que, si une chose chaude ne possède pas toute la perfection du chaud, c'est parce que la chaleur n'est pas participée selon sa raison parfaite (perfectam ratio) ; mais si la chaleur était subsistante par soi, rien ne pourrait lui manquer de la vertu de la chaleur. Dès lors, puisque Dieu est l'être même subsistant, rien de la perfection de l'être ne peut lui manquer. [Mineure :] Or, les perfections de toutes les choses appartiennent à la perfection de l'être ; car c'est selon cela que certaines choses sont parfaites qu'elles possèdent l'être de quelque manière. [Conclusion :] D'où il suit que la perfection d'aucune chose ne manque à Dieu.

Et Denys touche aussi cette raison au chapitre V des Noms Divins, en disant que Dieu n'est pas existant d'une certaine manière, mais que simplement et sans circonscription, il pré-embrasse en lui-même tout l'être uniformément ; et il ajoute ensuite qu'il est lui-même l'être pour les choses subsistantes.

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Respondeo dicendum quod in Deo sunt perfectiones omnium rerum. Unde et dicitur universaliter perfectus, quia non deest ei aliqua nobilitas quae inveniatur in aliquo genere, ut dicit Commentator in V Metaphys. Et hoc quidem ex duobus considerari potest.

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Primo quidem, per hoc quod quidquid perfectionis est in effectu, oportet inveniri in causa effectiva,

  • vel secundum eandem rationem, si sit agens univocum, ut homo generat hominem;
  • vel eminentiori modo, si sit agens aequivocum, sicut in sole est similitudo eorum quae generantur per virtutem solis.

Manifestum est enim quod effectus praeexistit virtute in causa agente, praeexistere autem in virtute causae agentis, non est praeexistere imperfectiori modo, sed perfectiori; licet praeexistere in potentia causae materialis, sit praeexistere imperfectiori modo, eo quod materia, inquantum huiusmodi, est imperfecta; agens vero, inquantum huiusmodi, est perfectum.

Cum ergo Deus sit prima causa effectiva rerum, oportet omnium rerum perfectiones praeexistere in Deo secundum eminentiorem modum.

Et hanc rationem tangit Dionysius, cap. V de Div. Nom., dicens de Deo quod non hoc quidem est, hoc autem non est, sed omnia est, ut omnium causa.

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Secundo vero, ex hoc quod supra ostensum est, quod Deus est ipsum esse per se subsistens, ex quo oportet quod totam perfectionem essendi in se contineat.

Manifestum est enim quod, si aliquod calidum non habeat totam perfectionem calidi, hoc ideo est, quia calor non participatur secundum perfectam rationem, sed si calor esset per se subsistens, non posset ei aliquid deesse de virtute caloris. Unde, cum Deus sit ipsum esse subsistens, nihil de perfectione essendi potest ei deesse. Omnium autem perfectiones pertinent ad perfectionem essendi, secundum hoc enim aliqua perfecta sunt, quod aliquo modo esse habent. Unde sequitur quod nullius rei perfectio Deo desit.

Et hanc etiam rationem tangit Dionysius, cap. V de Div. Nom., dicens quod Deus non quodammodo est existens, sed simpliciter et incircumscripte totum in seipso uniformiter esse praeaccipit, et postea subdit quod ipse est esse subsistentibus.


Raisonnement :

a. Majeure : Dieu est l'être même subsistant, rien de la perfection de l'être ne peut lui manquer.

b.Mineure : Toutes les perfections de toutes les choses se ramènent à la perfection de l'être (car une chose n'est parfaite que dans la mesure où elle possède l'être).

c.Conclusion : Donc la perfection d'aucune chose ne manque à Dieu

a.Dieu --> perfection de l'être

b.Perfection des choses --> perfection de l'être

c.Dieu --> perfection des choses

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Thomas d'Aquin - I.q5a3 - Tout ens, en tant qu'ens, est bon.

Tout être (omnes ens), en tant qu'il est être (ens), est bon. Tout être, en effet, en tant qu'il est être, est en acte, et d'une certaine manière parfait, car tout acte est une certaine perfection. Or, le parfait possède raison d'appétible et de bon, comme il appert par ce qui a été dit. D'où il suit que tout être, en tant que tel, est bon. 

Respondeo dicendum quod omne ens, inquantum est ens, est bonum. Omne enim ens, inquantum est ens, est in actu, et quodammodo perfectum, quia omnis actus perfectio quaedam est. Perfectum vero habet rationem appetibilis et boni, ut ex dictis patet. Unde sequitur omne ens, inquantum huiusmodi, bonum esse.

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Thomas d'Aquin - I.q6a2 - Dieu est summum bonum

Dieu est le souverain bien absolument, et non seulement dans un genre ou un ordre de choses déterminé. Car le bien est attribué à Dieu, comme on l'a dit, en tant que toutes les perfections désirées découlent (effluunt) de lui, comme de la cause première. Or, elles ne découlent pas de lui

  • comme d'un agent univoque, ainsi qu'il appert par ce qui précède,
  • mais comme d'un agent qui ne convient pas avec ses effets, ni selon la raison de l'espèce, ni selon la raison du genre.
  • La similitude de l'effet se trouve en effet de manière uniforme dans la cause univoque,
  • mais elle se trouve de manière plus excellente dans la cause équivoque, comme la chaleur est d'un mode plus excellent dans le soleil que dans le feu.

Puisque donc le bien est en Dieu comme dans la cause première de tout, cause non univoque, il faut qu'il soit en lui d'un mode très excellent. Et c'est pour cela qu'il est dit souverain bien.

Respondeo dicendum quod Deus est summum bonum simpliciter, et non solum in aliquo genere vel ordine rerum. Sic enim bonum Deo attribuitur, ut dictum est, inquantum omnes perfectiones desideratae effluunt ab eo, sicut a prima causa. Non autem effluunt ab eo

  • sicut ab agente univoco, ut ex superioribus patet,
  • sed sicut ab agente quod non convenit cum suis effectibus, neque in ratione speciei, nec in ratione generis.

Similitudo autem effectus in causa quidem univoca invenitur uniformiter,

in causa autem aequivoca invenitur excellentius, sicut calor excellentiori modo est in sole quam in igne.

Sic ergo oportet quod cum bonum sit in Deo sicut in prima causa omnium non univoca, quod sit in eo excellentissimo modo. Et propter hoc dicitur summum bonum.


 

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Thomas d'Aquin - I.q6a3 - Seul Dieu est bon par son essence

Seul Dieu est bon par son essence.

Chaque chose, en effet, est dite bonne selon qu'elle est parfaite. Or, la perfection d'une chose est triple.

  • La première, selon qu'elle est constituée dans son être.
  • La seconde, en tant que lui sont surajoutés certains accidents nécessaires à sa parfaite opération.
  • La troisième perfection d'une chose consiste enfin en ceci qu'elle atteint quelque chose d'autre comme sa fin.

Par exemple,

  • la première perfection du feu consiste dans l'être, qu'il possède par sa forme substantielle ;
  • sa seconde perfection consiste dans la chaleur, la légèreté, la siccité et autres choses de ce genre ;
  • sa troisième perfection, enfin, consiste en ce qu'il repose dans son lieu propre.

Or, cette triple perfection ne convient à aucune créature selon son essence, mais à Dieu seul,

  • dont seul l'essence est son être,
  • et à qui ne surviennent aucun accident ; mais ce qui est dit des autres par accident, lui convient par essence, comme être puissant, sage, et autres choses semblables, ainsi qu'il appert par ce qui a été dit.
  • Lui-même, en outre, n'est ordonné à rien d'autre comme à une fin, mais il est lui-même la fin ultime de toutes les choses.

D'où il est manifeste que seul Dieu possède, selon tous ses modes (omnimodam), la perfection selon son essence.

Et c'est pourquoi lui seul est bon par son essence.

Respondeo dicendum quod solus Deus est bonus per suam essentiam.

Unumquodque enim dicitur bonum, secundum quod est perfectum. Perfectio autem alicuius rei triplex est.

  • Prima quidem, secundum quod in suo esse constituitur.
  • Secunda vero, prout ei aliqua accidentia superadduntur, ad suam perfectam operationem necessaria.
  • Tertia vero perfectio alicuius est per hoc, quod aliquid aliud attingit sicut finem.

Utpote

  • prima perfectio ignis consistit in esse, quod habet per suam formam substantialem,
  • secunda vero eius perfectio consistit in caliditate, levitate et siccitate, et huiusmodi,
  • tertia vero perfectio eius est secundum quod in loco suo quiescit.

Haec autem triplex perfectio nulli creato competit secundum suam essentiam, sed soli Deo,

  • cuius solius essentia est suum esse;
  • et cui non adveniunt aliqua accidentia; sed quae de aliis dicuntur accidentaliter, sibi conveniunt essentialiter, ut esse potentem, sapientem, et huiusmodi, sicut ex dictis patet.
  • Ipse etiam ad nihil aliud ordinatur sicut ad finem, sed ipse est ultimus finis omnium rerum.

Unde manifestum est quod solus Deus habet omnimodam perfectionem secundum suam essentiam. Et ideo ipse solus est bonus per suam essentiam.

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