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Thomas d'Aquin - I.q16a3ad1 - Le vrai manifeste l'ens

Sur le premier point, il faut donc répondre que, comme il a été dit, le vrai est dans les choses (rebus) et dans l'intellect.

  • Le vrai qui est dans les choses se convertit avec l'« ens » selon la substance (secundum substantiam).
  • Mais le vrai qui est dans l'intellect se convertit avec l'« ens » comme ce qui manifeste avec ce qui est manifesté. Car cela appartient à la raison de vrai, comme il a été dit.

Quoiqu'on puisse dire que l'« ens » aussi est dans les choses et dans l'intellect, tout comme le vrai ; bien que le vrai soit principalement dans l'intellect, et l'« ens » principalement dans les choses. Et cela arrive pour cette raison que le vrai et l'« ens » diffèrent selon la raison (la notion).

Ad primum ergo dicendum quod verum est in rebus et in intellectu, ut dictum est.

  • Verum autem quod est in rebus, convertitur cum ente secundum substantiam.
  • Sed verum quod est in intellectu, convertitur cum ente, ut manifestativum cum manifestato. Hoc enim est de ratione veri, ut dictum est.

Quamvis posset dici quod etiam ens est in rebus et in intellectu, sicut et verum; licet verum principaliter in intellectu, ens vero principaliter in rebus. Et hoc accidit propter hoc, quod verum et ens differunt ratione.

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Thomas d'Aquin - I.q16a3ad3 - L'ens intelligé est vrai, pourtant, en intelligeant l'ens, on n'intellige pas le vrai

Lorsqu'on dit que l'ens ne peut être appréhendé sans la raison de vrai (ratione veri), cela peut s'entendre de deux manières.

  • D'une manière, de telle sorte que l'ens ne soit pas appréhendé sans que la raison de vrai ne suive (assequatur) l'appréhension de l'ens. Et ainsi, cette parole possède la vérité.
  • D'une autre manière, cela pourrait s'entendre ainsi : que l'ens ne pourrait être appréhendé, à moins que ne soit appréhendée la raison de vrai. Et cela est faux.

Mais le vrai ne peut être appréhendé sans que ne soit appréhendée la ratio entis, car l'ens tombe (cadit) dans la ratio veri. Et c'est semblable [au cas] où nous comparerions l'intelligible à l'ens. En effet, on ne peut intelliger l'ens sans que l'ens soit intelligible ;

mais pourtant, on peut intelliger l'ens de telle sorte que l'on n'en intellige pas l'intelligibilité. Et de même, l'ens intelligé est vrai, pourtant, en intelligeant l'ens, on n'intellige pas le vrai.

Ad tertium dicendum quod, cum dicitur quod ens non potest apprehendi sine ratione veri, hoc potest dupliciter intelligi.

  • Uno modo, ita quod non apprehendatur ens, nisi ratio veri assequatur apprehensionem entis. Et sic locutio habet veritatem.
  • Alio modo posset sic intelligi, quod ens non posset apprehendi, nisi apprehenderetur ratio veri. Et hoc falsum est.

Sed verum non potest apprehendi, nisi apprehendatur ratio entis, quia ens cadit in ratione veri. Et est simile sicut si comparemus intelligibile ad ens. Non enim potest intelligi ens, quin ens sit intelligibile,

sed tamen potest intelligi ens, ita quod non intelligatur eius intelligibilitas. Et similiter ens intellectum est verum, non tamen intelligendo ens, intelligitur verum.

 


Mon commentaire : L'appréhension de la ratio entis est à l'appréhension du vrai ce que l'intelligibilité est à l'intellection de l'ens. La notion d'ensest nécessaire à l'appréhension du vrai, comme l'intelligibilité est nécessaire à l'intellection de l'ens. On ne peut penser le vrai sans l'ens, mais on peut penser l'ens sans le vrai, bien qu'en pensant l'ens on pense quelque chose de vrai, tout comme on n'a pas besoin de savoir ce qu'est l'intelligibilité pour penser quelque chose d'intelligible.


Commentaire Gemini : 

  • L'intellect est si puissant qu'il peut posséder l'être (connaissance directe) avant même de se rendre compte qu'il possède la vérité (connaissance réflexive). C'est ce qui permet au sage de s'appuyer sur une réalité solide (l'être) avant de se délecter de sa conformité (la vérité).
  • Au niveau de l'exercice : On ne peut pas penser l'ens sans que cela soit (en exercice) un acte vrai.
  • Au niveau de la spécification : On peut tout à fait penser l'ens sans avoir (en spécification) la notion de vérité à l'esprit.
  • C'est cette souplesse qui permet à Thomas de maintenir que l'ens est le premier objet connu, tout en affirmant que la vérité accompagne nécessairement toute connaissance. On saisit le réel avant de qualifier notre saisie de "vraie".
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Thomas d'Aquin - I.q59a2ad3 - Une même chose (res) peut être considérée comme vrai et comme bien

 A MEDITER en confrontant à l'expérience personnelle :

Le bien et le vrai sont convertibles dans la réalité (secundum rem), et c'est pourquoi

  • et le bien est intelligé (intelligitur) par l'intellect sous la ratio veri,
  • et le vrai est appété (appetitur) par la volonté sous la ratio boni.

Cette distinction des ratios suffit à distinguer les deux puissances, comme il a été dit.

(Somme,I.q59a2ad3)

Bonum et verum convertuntur secundum rem, inde est quod

  • et bonum ab intellectu intelligitur sub ratione veri,
  • et verum a voluntate appetitur sub ratione boni.

Sed tamen diversitas rationum ad diversificandum potentias sufficit, ut dictum est.

 


secundum rem, litt. : "selon la chose" ; implicitement : "selon qu'ils sont dans la chose concrète réelle".

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Thomas d'Aquin - Iq5a1 - Le bien et ce qui est sont une même chose quant à la réalité, mais diffèrent selon la raison

Le bien et ce qui est (ens) sont une même chose quant à la réalité (secundum rem), mais diffèrent selon la raison (secundum rationem). Ce qui se montre (patet) ainsi.

La ratio boni consiste en effet en ceci : qu’une chose soit appétible (appetibile) ; c’est pourquoi le Philosophe, au livre I de l’Éthique, dit que « le bien est ce que tous appètent (appetunt) ».

Or, il est manifeste (manifestum) qu’une chose n’est appétible (appetibile) qu’en tant qu’elle est parfaite ; de fait, tous appètent (appetunt) leur perfection (suam perfectionem).

Mais une chose est parfaite dans la mesure où elle est en acte ; d’où il est manifeste (manifestum) qu’une chose est bonne dans la mesure où elle est un être (ens), car l’être (esse) est l’actualité (actualitas) de toute chose (omnis rei), comme cela ressort de ce qui précède.

Dès lors, il est manifeste (manifestum) que le bien et ce qui est (ens) sont la même chose quant à la réalité, mais le bien dit (dicit) la ratio appétible (rationem appetibilis), ce que ne dit (dicit) pas l'être (ens).

Respondeo dicendum quod bonum et ens sunt idem secundum rem, sed differunt secundum rationem tantum. Quod sic patet.

Ratio enim boni in hoc consistit, quod aliquid sit appetibile, unde Philosophus, in I Ethic., dicit quod bonum est quod omnia appetunt.

Manifestum est autem quod unumquodque est appetibile secundum quod est perfectum, nam omnia appetunt suam perfectionem.

Intantum est autem perfectum unumquodque, inquantum est actu, unde manifestum est quod intantum est aliquid bonum, inquantum est ens, esse enim est actualitas omnis rei, ut ex superioribus patet.

Unde manifestum est quod bonum et ens sunt idem secundum rem, sed bonum dicit rationem appetibilis, quam non dicit ens. 

 


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