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Thomas d'Aquin - CommNico.1543 - Il appartient bien plus à la morale de considérer l'amitié que la justice

 1155a 26 : D'un côté, s'il existe des amis, nul besoin que soit la justice ; de l'autre, s'il existe des justes, manque l'amitié. Et ce qu’il y a de plus juste paraît être favorable à l'amitié.

1155a 26 : Et amicis quidem existentibus nihil opus est iustitia, iusti autem existentes indigent amicitia. Et iustorum quod maxime amicabile esse videtur.

 Il présente ensuite la cinquième raison.

Il dit que

  • si quelques-uns sont amis,
  • ils n'auront en rien besoin de la justice proprement dite,
  • parce qu'ils auront toutes choses quasi en commun,
  • puisque l'ami est un autre soi-même ;
  • or il n'y a pas de justice envers soi-même.

Mais,

  • s'ils sont justes,
  • ils n'auront pas moins besoin d'amitié entre eux.

Et cela même qui est au plus au point juste, semble être conservateur et réparateur de l'amitié. Donc, il appartient bien plus à la morale de considérer l'amitié que la justice. 

(Commentaire Ethique à Nicomaque,  n°1543)

 

Quintam rationem ponit ibi, et amicis quidem et cetera.

Et dicit quod,

  • si aliqui sint amici,
  • in nullo indigerent iustitia proprie dicta,
  • quia haberent omnia quasi communia,
  • cum amicus sit alter ipse;
  • non est autem iustitia ad seipsum.

Sed

  • si sint iusti,
  • nihilominus indigent amicitia adinvicem.

Et illud quod est maxime iustum videtur esse conservativum et reparativum amicitiae. Multo ergo magis ad moralem pertinet considerare de amicitia quam de iustitia.

(Sententia Ethic., lib. 8 l. 1 n. 6)

  


 1.

"reparativum" : voir le possible lien avec la justice...

2.

"Et iustorum quod maxime amicabile esse videtur"

rend le grec :

"καὶ τῶν δικαίων τὸ μάλιστα φιλικὸν εἶναι δοκεῖ",

que les traducteurs en langue française rendent unanimement dans le sens suivant :

"et la justice en ce qu'elle a de plus parfait, paraît tenir de la nature de l'amitié".

Le sens retenu par Thomas semble être : "la justice en ce qu'elle a de plus parfait, tend à préserver et à restaurer l'amitié", un sens qui rappelle celui abordé un peu plus haut par Aristote : même le politique cherche à préserver davantage la concorde que la justice. 

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Thomas d'Aquin - DeRat.5 - Réparer l'homme pour qu'il aime Dieu par dessus tout

Or, le mode de la réparation dut être tel qu'il convienne à la fois

  • à la nature à réparer
  • et à la maladie.
  • À la nature à réparer, dis-je, parce que, l'homme étant d'une nature rationnelle douée de libre arbitre, il devait être rappelé à l'état de rectitude, non par la nécessité d'une force extérieure, mais par sa volonté propre ;
  • à la maladie également parce que, celle-ci consistant en une perversité de la volonté, il fallut que la réparation se fît par le fait que la volonté soit ramenée à la rectitude. Or, la rectitude de la volonté humaine consiste dans l'ordination de l'amour, qui est l'affection principale ; et l'amour est ordonné lorsque
    • nous aimons (diligamus) Dieu par-dessus tout (super omnia) comme le souverain bien (summum bonum),
    • et que soient rapportées à lui toutes les choses que nous aimons comme à leur fin ultime,
    • et qu'enfin soit gardé dans les autres choses à aimer l'ordre dû (debitus ordo), à savoir que nous préférions les [réalités] spirituelles aux [réalités] corporelles.

(De rationibus fidei, 5)

Modus autem reparationis talis esse debuit qui

  • et naturae reparandae conveniret
  • et morbo.
  • Naturae dico reparandae quia, cum homo sit rationalis naturae libero arbitrio praeditus, non necessitate exterioris virtutis sed per propriam voluntatem ad statum rectitudinis revocandus fuit;
  • morbo etiam quia, cum morbus in perversitate voluntatis consisteret, oportuit reparationem fieri per hoc quod voluntas ad rectitudinem reduceretur. Voluntatis autem humanae rectitudo consistit in ordinatione amoris qui est principalis affectio; ordinatus autem amor est
    • ut Deum super omnia diligamus quasi summum bonum
    • et ut in ipsum referantur omnia quae amamus sicut in ultimum finem,
    • et ut etiam in ceteris amandis debitus ordo servetur, ut scilicet spiritualia corporalibus praeferamus.

 

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