La volonté peut être modifiée (immutari) de deux manières.
D’une première manière, par l'intérieur. Et ainsi, puisque le mouvement de la volonté n’est pas autre chose que l’inclinaison de la volonté vers la chose voulue, il n'appartient qu’à Dieu seul de modifier ainsi la volonté, lui qui donne à la nature intellectuelle la vertu d'une telle inclinaison.
De même, en effet, que l’inclinaison naturelle (inclinatio naturalis) n’est [issue] que de Dieu qui donne la nature ;
de même l’inclinaison volontaire (inclinatio voluntaria) n'est [issue] que de Dieu, qui cause la volonté.
D’une autre manière, la volonté est mue par l’extérieur... »
I.q111a2
Respondeo dicendum quod voluntas potest immutari dupliciter.
Uno modo, ab interiori. Et sic cum motus voluntatis non sit aliud quam inclinatio voluntatis in rem volitam, solius Dei est sic immutare voluntatem, qui dat naturae intellectuali virtutem talis inclinationis.
Sicut enim inclinatio naturalis non est nisi a Deo qui dat naturam;
ita inclinatio voluntaria non est nisi a Deo, qui causat voluntatem.
Alio modo movetur voluntas ab exteriori.
* * *
Le mouvement même de la volonté est une certaine inclination vers quelque chose (in aliquid). Et c'est pourquoi,
comme quelque chose est dit naturel parce qu'il est selon une inclination de la nature,
de même quelque chose est dit volontaire parce qu'il est selon une inclination de la volonté.
De même qu’il est impossible que quelque chose soit à la fois violent et naturel,
de même il est impossible que quelque chose soit purement et simplement contraint ou violent, et volontaire.
En effet, la « nécessité de fin » (necessitas finis) ne répugne pas à la volonté lorsqu’on ne peut atteindre la fin que d’une seule façon ; par exemple si on a la volonté de traverser la mer, il se trouve une nécessité dans la volonté qu’elle veuille le bateau.
Pareillement la « nécessité naturelle » (necessitas naturalis) ne répugne pas à la volonté. Bien au contraire, il est nécessaire que :
de même que l’intellect adhère (inhaeret) de nécessité aux premiers principes,
de même la volonté adhère (inhaereat) de nécessité à la fin ultime, qu'est la béatitude,
la fin, en effet, se rapporte aux actes opératifs
comme le principe aux actes spéculatifs,
comme le dit le deuxième livre de la Physique.
I.q82a1
Ipse autem motus voluntatis est inclinatio quaedam in aliquid. Et ideo
sicut dicitur aliquid naturale quia est secundum inclinationem naturae,
ita dicitur aliquid voluntarium quia est secundum inclinationem voluntatis.
Sicut ergo impossibile est quod aliquid simul sit violentum et naturale;
ita impossibile est quod aliquid simpliciter sit coactum sive violentum, et voluntariu.
Necessitas autem finis non repugnat voluntati, quando ad finem non potest perveniri nisi uno modo, sicut ex voluntate transeundi mare, fit necessitas in voluntate ut velit navem.
Similiter etiam nec necessitas naturalis repugnat voluntati. Quinimmo necesse est quod,
sicut intellectus ex necessitate inhaeret primis principiis,
ita voluntas ex necessitate inhaereat ultimo fini, qui est beatitudo,