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Thomas d'Aquin - I.q59a1 - Trois sortes d'appétits - Connaissance de la ratio boni

 

Il est nécessaire de poser dans les anges une volonté. Pour l'évidence de quoi, il faut considérer que, puisque toutes choses procèdent de la volonté divine, toutes, selon leur propre mode, sont inclinées vers le bien par l'appétit, mais de manière diverse.

Certaines [choses], en effet, sont inclinées vers le bien par un simple rapport naturel, sans connaissance, comme les plantes et les corps inanimés. Et une telle inclination vers le bien est appelée appétit naturel.

Certaines, en revanche, sont inclinées vers le bien avec une certaine connaissance ; non pas certes de telle sorte qu’elles connaissent la raison même de bien (ipsam rationem boni), mais elles connaissent un bien particulier (bonum particulare), comme le sens qui connaît le doux, le blanc et les choses de ce genre. Or, l’inclinaison qui suit cette connaissance est appelée appétit sensitif.

Certaines enfin sont inclinées vers le bien avec une connaissance par laquelle elles connaissent la raison même de bien (ipsam rationem boni) ; ce qui est le propre de l'intellect. Et celles-là sont inclinées vers le bien de la façon la plus parfaite ; 

  • non pas certes comme étant seulement dirigées  (directa) vers le bien par un autre, à la manière des êtres qui manquent de connaissance ;

  • ni vers le bien seulement de manière particulière (in bonum particulariter), comme les êtres en qui ne se trouve que la connaissance sensitive ;

  • mais comme étant inclinées vers le bien universel lui-même. Et cette inclination est appelée volonté.

D'où, puisque les anges connaissent par leur intellect la raison universelle  même de bien, il est manifeste qu’il y a en eux une volonté.

(Somme, I.q59a1)

Respondeo dicendum quod necesse est ponere in angelis voluntatem. Ad cuius evidentiam, considerandum est quod, cum omnia procedant ex voluntate divina, omnia suo modo per appetitum inclinantur in bonum, sed diversimode.

Quaedam enim inclinantur in bonum, per solam naturalem habitudinem, absque cognitione, sicut plantae et corpora inanimata. Et talis inclinatio ad bonum vocatur appetitus naturalis.

Quaedam vero ad bonum inclinantur cum aliqua cognitione; non quidem sic quod cognoscant ipsam rationem boni, sed cognoscunt aliquod bonum particulare; sicut sensus, qui cognoscit dulce et album et aliquid huiusmodi. Inclinatio autem hanc cognitionem sequens, dicitur appetitus sensitivus. 

Quaedam vero inclinantur ad bonum cum cognitione qua cognoscunt ipsam boni rationem; quod est proprium intellectus. Et haec perfectissime inclinantur in bonum;

  • non quidem quasi ab alio solummodo directa in bonum, sicut ea quae cognitione carent;
  • neque in bonum particulariter tantum, sicut ea in quibus est sola sensitiva cognitio; 
  • sed quasi inclinata in ipsum universale bonum. Et haec inclinatio dicitur voluntas.

Unde cum angeli per intellectum cognoscant ipsam universalem rationem boni, manifestum est quod in eis sit voluntas.

 

 

 

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