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Thomas d'Aquin - La dissonance est cause de la haine, la convenance est cause de l'amour

Le bien, sous la raison de bien, ne peut être objet de haine, ni en général, ni en particulier.

Quant à l'être et au vrai, on ne peut assurément les haïr en général, car c'est la dissonance qui est cause de la haine tandis que la convenance est cause de l'amour ; et, d'autre part, l'être et le vrai sont communs à toutes choses. 

Mais, en particulier, rien n'empêche qu'on haïsse tel être ou certaine vérité...

(Somme, Ia-IIae, q. 29, a. 5, c.)

Bonum, sub ratione boni, non potest odio haberi, nec in universali nec in particulari.

Ens autem et verum in universali quidem odio haberi non possunt, quia dissonantia est causa odii, et convenientia causa amoris; ens autem et verum sunt communia omnibus. 

Sed in particulari nihil prohibet quoddam ens et quoddam verum odio haberi...

 

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Thomas d'Aquin - Consonnance - Convenance - Amour / Dissonance - Répugnance - Haine

Dans l'appétit naturel ceci apparaît manifeste que

  • de même que tout être possède une consonance naturelle ou aptitude avec ce qui lui convient (ce qui est l'amour naturel),
  • de même, à l'égard de ce qui lui répugne et le corrompt, tout être possède une dissonance naturelle, qui est la haine naturelle. 

In appetitu autem naturali hoc manifeste apparet, quod

  • sicut unumquodque habet naturalem consonantiam vel aptitudinem ad id quod sibi convenit, quae est amor naturalis;
  • ita ad id quod est ei repugnans et corruptivum, habet dissonantiam naturalem, quae est odium naturale.

De même, [il apparaît manifeste que], dans l'appétit animal ou dans l'appétit intellectuel,

  • l'amour est une consonance de l'appétit avec ce qui est appréhendé comme lui convenant ;
  • la haine, au contraire, est une sorte de dissonance de l'appétit à ce qui est appréhendé comme répugnant [= repoussant] et nuisible.

Sic igitur et in appetitu animali, seu in intellectivo,

  • amor est consonantia quaedam appetitus ad id quod apprehenditur ut conveniens,
  • odium vero est dissonantia quaedam appetitus ad id quod apprehenditur ut repugnans et nocivum.

 

  • Or tout ce qui convient, en tant que tel, a raison de bien ;
  • pareillement, tout ce qui répugne, en tant que tel, a raison de mal.

Par conséquent, de même que le bien est l'objet de l'amour, ainsi le mal est-il l'objet de la haine. (Somme, Ia-IIae, q. 29, a. 1, c.)

  • Sicut autem omne conveniens, inquantum huiusmodi, habet rationem boni; 
  • ita omne repugnans, inquantum huiusmodi, habet rationem mali.

Et ideo, sicut bonum est obiectum amoris, ita malum est obiectum odii.

Notes :

1. Au Moyen-Âge, lorsqu'on dit que quelque chose est perçu sous la raison de bien ne signifie que ce quelque chose soit un bien, mais seulement qu'il est considéré sous cet aspect. 

2. Certains mots se comprennent mieux considérés en regard avec leur opposé : convenance / répugnance, consonnance / dissonance,...

Commentaire :

Thomas analyse ce qui se passe manifestement du point de vue de l'amour naturel, dans toute réalité confondue (la pierre, l'animal, etc.), puis ce qui se passe manifestement du côté de l'amour impliquant une connaissance, appréhension (monde sensible de l'animal, monde spirituel de l'être spirituel).

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Thomas d'Aquin - DeMalo.q10a1- EN COURS - Pourquoi l'envie est-elle une faute ?

Tout acte

  • qui relève de la fuite
  • et dont l'objet est un bien,

n'est convenable

  • ni quant à sa matière
  • ni quant à son objet,

et c'est pourquoi tout acte de cette sorte est un péché par son genre, ainsi

  • haïr le bien, le repousser et s'en attrister,
  • parce que dans l'intelligence, c'est aussi un vice de nier le vrai.

Il ne suffit cependant pas, pour qu'un acte soit bon,

  • qu'il implique la poursuite du bien ou la fuite du mal,
  • si ce n'est la poursuite du bien convenable, et la fuite du mal qui lui est opposé :

pour le bien, dont la perfection tient à la plénitude et à l'intégrité de la chose, sont requis plus d'éléments que pour le mal, qui résulte de chaque déficience singulière, comme le dit Denys dans Les Noms Divins (IV, 30).

Or l'envie implique une tristesse qui vient du bien ; aussi est-il patent qu'elle est de par son genre un péché.

(DeMalo.q10a1)

Omnis actus

  • ad fugam pertinens
  • cuius obiectum est bonum,

est non conveniens

  • suae materiae
  • vel obiecto;

omnis talis actus ex suo genere est peccatum; sicut

  • odire bonum et abominari bonum et de ipso tristari;
  • quia etiam in intellectu vitium est negare verum.

Non tamen sufficit ad hoc quod actus sit bonus,

  • quod importet prosecutionem boni vel fugam mali
  • nisi sit prosecutio boni convenientis, et fuga mali quod ei opponitur;

quia plura requiruntur ad bonum, quod perficitur ex tota et integra causa, quam ad malum, quod relinquitur ex singularibus defectibus, ut Dionysius dicit V cap. de Divin. nominibus;

invidia autem importat tristitiam ex bono. Unde patet quod ex suo genere est peccatum. 

 


 

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Thomas d'Aquin - DeVer.q1a1 - COMPLET

De veritate, q. 1, a. 1 :
Quid est veritas

A. PRÉPARATION DE LA RÉPONSE

Ce que l'intellect conçoit en premier comme le plus connu, et en quoi il résout toutes ses conceptions, c'est ce qui est (ens)

Réponse. Il faut dire que, tout comme dans les propositions démontrables il faut que s'opère une réduction à certains principes connus par soi pour l'intellect, il en va de même lorsqu'on recherche ce qu'est chaque chose ; autrement, de part et d'autre, on irait à l'infini, et ainsi la science et la connaissance des choses périraient totalement. Or, ce que l'intellect conçoit en premier comme le plus connu, et en quoi il résout toutes ses conceptions, c'est ce qui est (ens), comme le dit Avicenne au début de sa Métaphysique. Responsio. Dicendum, quod sicut in demonstrabilibus oportet fieri reductionem in aliqua principia per se intellectui nota, ita investigando quid est unumquodque; alias utrobique in infinitum iretur, et sic periret omnino scientia et cognitio rerum. Illud autem quod primo intellectus concipit quasi notissimum, et in quod conceptiones omnes resolvit, est ens, ut Avicenna dicit in principio suae metaphysicae.
C'est pourquoi il faut que toutes les autres conceptions de l'intellect soient reçues par addition à ce qui est.

C'est pourquoi il faut que toutes les autres conceptions de l'intellect soient reçues par addition à ce qui est (ens). Mais à ce qui est, on ne peut rien ajouter qui lui soit comme étranger, de la manière dont une différence s'ajoute à un genre, ou un accident à un sujet, car n'importe quelle nature est essentiellement ce qui est ; d'où le Philosophe prouve également au livre III de la Métaphysique que ce qui est (ens)

  • ne peut pas être un genre,
  • mais c'est selon cela que certaines choses sont dites ajouter au-dessus de ce qui est, en tant qu'elles expriment un mode de ce qui est lui-même, qui n'est pas exprimé par le nom de ce qui est.

Unde oportet quod omnes aliae conceptiones intellectus accipiantur ex additione ad ens. Sed enti non possunt addi aliqua quasi extranea per modum quo differentia additur generi, vel accidens subiecto, quia quaelibet natura est essentialiter ens; unde probat etiam philosophus in III Metaphys., quod ens

  • non potest esse genus,
  • sed secundum hoc aliqua dicuntur addere super ens, in quantum exprimunt modum ipsius entis qui nomine entis non exprimitur.
D'une première manière : un mode spécial -- 

Ce qui se produit de deux manières :

d’une première manière, de telle sorte que le mode exprimé soit un certain mode spécial de ce qui est (entis). Il y a en effet divers degrés d'entité, selon lesquels sont reçus divers modes d’être (essendi), et d’après ces modes sont reçus les divers genres de choses.

  • La substance, en effet, n’ajoute pas au-dessus de ce qui est une certaine différence qui désignerait une certaine nature surajoutée à ce qui est, mais par le nom de substance est exprimé un certain mode spécial d’être, à savoir ce qui est par soi (per se ens) ;
  • et il en va de même pour les autres genres.

Quod dupliciter contingit:

uno modo ut modus expressus sit aliquis specialis modus entis. Sunt enim diversi gradus entitatis, secundum quos accipiuntur diversi modi essendi, et iuxta hos modos accipiuntur diversa rerum genera.

  • Substantia enim non addit super ens aliquam differentiam, quae designet aliquam naturam superadditam enti, sed nomine substantiae exprimitur specialis quidam modus essendi, scilicet per se ens;
  • et ita est in aliis generibus.
D'une autre manière : un mode général -- Les transcendantaux

D'une autre manière, de telle sorte que le mode exprimé soit un mode général qui suit tout ens ; et ce mode peut être reçu de deux façons :

  • d’une première façon, selon qu’il suit chaque ens en soi ;
  • d’une autre façon, selon qu’il suit un ens (unum ens) dans un ordre à un autre.

Alio modo ita quod modus expressus sit modus generalis consequens omne ens; et hic modus dupliciter accipi potest:

  • uno modo secundum quod consequitur unumquodque ens in se;
  • alio modo secundum quod consequitur unum ens in ordine ad aliud.
Res, Unum
--> suivent chaque ens in se

S'il s'agit du premier mode, il est doublement, car

  • soit quelque chose (aliquid) est exprimé affirmativement dans ce qui est (ente),
  • soit négativement.

Or, rien n'est trouvé être dit affirmativement de manière absolue et qui puisse être reçu dans tout ens, sinon son essence, selon laquelle l'esse est dit ; et c'est ainsi qu'est attribué ce nom de chose(res), qui en cela diffère de ce qui est (ente), selon Avicenne au début de sa Métaphysique,

  • car ce qui est (ens) est tiré de l’acte d’être (actu essendi),
  • tandis que le nom de chose (rei) exprime la quiddité ou l’essence de ce qui est.

Quant à la négation qui suit absolument tout ce qui est, c’est l’indivision ; et celle-ci est exprimée par ce nom d’un (unum) : car l’un n'est rien d’autre que ce qui est indivis.

Si primo modo, hoc est dupliciter quia

  • vel exprimitur in ente aliquid affirmative
  • vel negative.

Non autem invenitur aliquid affirmative dictum absolute quod possit accipi in omni ente, nisi essentia eius, secundum quam esse dicitur; et sic imponitur hoc nomen res, quod in hoc differt ab ente, secundum Avicennam in principio Metaphys.,

  • quod ens sumitur ab actu essendi,
  • sed nomen rei exprimit quiditatem vel essentiam entis.

Negatio autem consequens omne ens absolute, est indivisio; et hanc exprimit hoc nomen unum: nihil aliud enim est unum quam ens indivisum.

Aliquid, Bonum et Verum
--> suivent chaque ens in ordine ad aliud
Si en revanche le mode de ce qui est est reçu (accipiatur) de la seconde façon, à savoir selon le rapport d'un à un autre, cela peut se produire de deux manières. Si autem modus entis accipiatur secundo modo, scilicet secundum ordinem unius ad alterum, hoc potest esse dupliciter.
Aliquid

D’une première manière, selon la division d’un avec un autre ; et cela, ce nom d'aliquid l'exprime : on dit en effet aliquid comme étant aliud quid ; d’où,

  • de même que ce qui est est dit un, en tant qu’il est indivis en soi,
  • de même il est dit aliquid, en tant qu’il est divisé des autres.

Uno modo secundum divisionem unius ab altero; et hoc exprimit hoc nomen aliquid: dicitur enim aliquid quasi aliud quid; unde

  • sicut ens dicitur unum, in quantum est indivisum in se,
  • ita dicitur aliquid, in quantum est ab aliis divisum.
Bonum et verum

D’une autre manière, selon la convenance d'un ens (unius entis) à un autre (ad aliud) ; et cela assurément (quidem) ne peut être s'il n'est admis un quelque chose de nature à convenir avec tout ens : or ceci est l’âme, qui d’une certaine manière est toutes choses, comme il est dit au livre III De l'âme.

Dans l’âme, en outre, il y a une puissance cognitive et appétitive.

  • La convenance de ce qui est (entis) avec l’appétit exprime donc ce nom « bien »,
    • (ainsi est‑il dit au début de l’Éthique que « le bien est ce que toute chose appètent »).
  • La convenance de ce qui est (entis) avec l’intellect exprime quant à elle par ce nom « vrai ».

Alio modo secundum convenientiam unius entis ad aliud; et hoc quidem non potest esse nisi accipiatur aliquid quod natum sit convenire cum omni ente: hoc autem est anima, quae quodam modo est omnia, ut dicitur in IIIDe anima.

In anima autem est vis cognitiva et appetitiva.

  • Convenientiam ergo entis ad appetitum exprimit hoc nomen bonum, unde in principioEthicorum dicitur quod bonum est quod omnia appetunt.
  • Convenientiam vero entis ad intellectum exprimit hoc nomen verum.
B. RÉPONSE
Quid est veritas -- Ce qu'ajoute le vrai à l'ens

Or toute connaissance est amenée à la perfection par l'assimilation de celui qui connaît à la chose connue (ad rem cognitam), de telle sorte que l'assimilation est dite cause de la connaissance : ainsi la vue, par cela qu'elle est disposée selon l'espèce de la couleur, connaît la couleur. Le premier rapport de l'ens à l’intellect est donc en ce que l'ens concorde avec l’intellect : et cette concorde, certes, est appelée adéquation de l’intellect et de la chose ; et c’est en cela que formellement est amené à la perfection la ratio veri.

C'est donc cela que le vrai ajoute à ce qui est (ens),

  • à savoir la conformité, ou l’adéquation de la chose (rei) et de l’intellect ;
  • et de cette conformité, comme il a été dit, s'ensuit la connaissance de la chose.

Ainsi donc,

  • l'entité de la chose (entitas rei) précède la rationem veritatis,
  • tandis que la connaissance est un certain effet de la vérité.

Omnis autem cognitio perficitur per assimilationem cognoscentis ad rem cognitam, ita quod assimilatio dicta est causa cognitionis: sicut visus per hoc quod disponitur secundum speciem coloris, cognoscit colorem. Prima ergo comparatio entis ad intellectum est ut ens intellectui concordet: quae quidem concordia adaequatio intellectus et rei dicitur; et in hoc formaliter ratio veri perficitur.

Hoc est ergo quod addit verum super ens,

  • scilicet conformitatem, sive adaequationem rei et intellectus;
  • ad quam conformitatem, ut dictum est, sequitur cognitio rei.

Sic ergo

  • entitas rei praecedit rationem veritatis,
  • sed cognitio est quidam veritatis effectus.
Ce qui permet une triple définition du vrai ou de la vérité
Selon cela donc la vérité ou le vrai sont trouvés triplement définis.  Secundum hoc ergo veritas sive verum tripliciter invenitur diffiniri.
Définition selon ce qui précède la ratio veri et fonde le vrai -- Du côté de l'être qui fonde le vrai

1.

D’une première manière, selon

  • ce qui précède la rationem veritatis
  • et en quoi le vrai se fonde ;

et c’est ainsi

  • qu’Augustin le définit dans le livre des Soliloques : « le vrai est cela même qui est » ;
  • et Avicenne dans sa Métaphysique : « la vérité de chaque chose est la propriété1 de son esse, lequel [être de la chose] est stabilisé2 » ;
  • et certains ainsi : « le vrai est l’indivision de l’esse et de ce qui est (quod est) ».

1.

Uno modo secundum

  • illud quod praecedit rationem veritatis,
  • et in quo verum fundatur;

et sic

  • Augustinus diffinit in Lib. Solil.: verum est id quod est;
  • et Avicenna in sua Metaphysic.: veritas cuiusque rei est proprietas sui esse quod stabilitum est ei;
  • et quidam sic: verum est indivisio esse, et quod est.
Définition selon la perfection formelle -- Du côté de la connaissance

2.

D’une autre manière, il est défini selon ce en quoi est formellement amené à la perfection la ratio veri ; et c’est ainsi

  • qu’Isaac dit que « la vérité est l’adéquation de la chose et de l’intellect » ;
  • et Anselme dans le livre De la vérité : « la vérité est la rectitude perceptible par le seul esprit ».

En effet, cette rectitude est dite selon une certaine adéquation ;

  • et le Philosophe dit au livre IV de la Métaphysique que, définissant le vrai, nous disons qu'il y a vrai « quand nous disons être (esse) ce qui est (quod est), ou ne pas être ce qui n'est pas ».

2.

Alio modo diffinitur secundum id in quo formaliter ratio veri perficitur; et sic

  • dicit Isaac quod veritas est adaequatio rei et intellectus;
  • et Anselmus in Lib. de veritate: veritas est rectitudo sola mente perceptibilis.

Rectitudo enim ista secundum adaequationem quamdam dicitur,

  • et philosophus dicit IV Metaphysicae, quod diffinientes verum dicimus cum dicitur esse quod est, aut non esse quod non est.
Définition selon l'effet du vrai -- Du côté du vrai qui manifeste l'être (esse)

3.

D’une troisième manière, le vrai est défini selon l'effet qui s'ensuit ; et c’est ainsi que

  • Hilaire dit que « le vrai est ce qui est déclaratif et manifestatif de l’esse » ;
  • et Augustin dans le livre De la vraie religion : « la vérité est ce par quoi est montré ce qui est (id quod est) » ;
  • et dans le même livre : « la vérité est ce selon quoi nous jugeons des choses inférieures ».

3.

Tertio modo diffinitur verum, secundum effectum consequentem; et sic dicit

  • Hilarius, quod verum est declarativum et manifestativum esse;
  • et Augustinus in Lib. de vera Relig.: veritas est qua ostenditur id quod est;
  • et in eodem libro: veritas est secundum quam de inferioribus iudicamus.

1. Le vrai est une propriété de l'être de la chose dans son rapport à l'intellect.

2. Pour qu'il y ait vrai, il ne faut pas que la chose soit encore en cours de transformation ou de génération, ou autre chose du même genre. Faute de quelque chose qui demeure, l'intellect n'a pas de prise.

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Thomas d'Aquin - DeVer.q1a1 - L'ens - sa convenance avec l'appétit - sa convenance avec l'intellect

  • La convenance de ce qui est (entis) avec l’appétit exprime donc ce nom « bien »,
    • (ainsi est‑il dit au début de l’Éthique que « le bien est ce que toute chose appètent »).
  • La convenance de ce qui est (entis) avec l’intellect exprime quant à elle par ce nom « vrai ».
  • Convenientiam ergo entis ad appetitum exprimit hoc nomen bonum,
    • ut in principio Ethic. [I, 1 (1094 a 3)] dicitur quod bonum est quod omnia appetunt.
  • Convenientiam vero entis ad intellectum exprimit hoc nomen verum.

 

 

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Thomas d'Aquin - DeVer.q24a12 - La vertu est un choix prédéterminé qui améliore la rapidité dans l'action

  • "La vertu est un habitus électif" - "Pour celui qui a un habitus, la fin est déjà déterminée dans son élection"

Pour faciliter la lecture, on pourra remplacer élection par choix et élire par choisir.

Comme dit le Philosophe au troisième livre de l’Éthique, « on fait preuve de plus de courage quand on se montre sans peur et sans trouble devant un péril surgi à l’improviste que devant un péril attendu ». En effet, l’opération vient d’autant plus de l’habitus qu’elle vient moins de la préméditation :

  • car les choses attendues, c’est‑à‑dire connues d’avance, on les élira par la raison et la réflexion (ex ratione et cogitatione)
    • sans habitus ;
  • mais ce qui surgit à l’improviste est élu
    • par un habitus.

Et il ne faut pas comprendre (intelligendum)

  • que l’opération par l’habitus de vertu pourrait être tout à fait sans délibération, puisque la vertu est un habitus électif,
  • mais que, pour celui qui a un habitus, la fin est déjà déterminée dans son élection ;

par conséquent, chaque fois qu’une chose (aliquid) se présente comme convenant à cette fin,

  • elle est aussitôt élue,
  • à moins qu’elle ne soit empêchée par une délibération plus attentive et plus longue.

(DeVer.q24a12)

Ut enim philosophus dicit in III Ethicorum [cap. 11 (1117 a 17)], fortioris est in repentinis timoribus impavidum et imperturbatum esse, quam in praemanifestis. Ab habitu enim est magis operatio, quanto minus est ex praemeditatione :

  • praemanifesta enim, id est praecognita, aliquis praeeliget ex ratione et cogitatione sine habitu ;
  • sed repentina sunt secundum habitum.

Nec hoc est intelligendum

  • quod operatio secundum habitum virtutis possit esse omnino absque deliberatione, cum virtus sit habitus electivus ;
  • sed quia habenti habitum iam est in eius electione finis determinatus ;

unde quandocumque aliquid occurrit ut conveniens illi fini,

  • statim eligitur,
  • nisi ex aliqua attentiori et maiori deliberatione impediatur.

 


... l’opération vient d’autant plus de l’habitus qu’elle vient moins de la préméditation...

... puisque la vertu est un habitus électif...

... pour celui qui a un habitus, la fin est déjà déterminée dans son élection...

1. -- Bien noter que l'habitus n'est pas un réflexe, le choix demeure, même s'il a été antérieurement et volontairement automatisé afin de ne pas avoir à rechoisir le moindre des petits actes dans le détail. Si les circonstances l'exigent, on pourra réactiver un choix plus conscient par l'attention et le temps qu'on y passera. Mais s'il n'y a pas lieu, c'est justement sur le plan de la rapidité à l'action et du temps gagné que l'homme prudent tablera. En dernier lieu, s'il s'agit de gagner du temps, c'est pour se consacrer aux tâches les plus nobles, et parmi elles la plus noble, celle d'aimer ("il est meilleur d’aimer Dieu que de le connaître", SommeI.q82a3). Noter que le mot "opérations" ou le mot "activités" est plus adapté ici que le mots "tâches".

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Thomas d'Aquin - I-II.q47a5 - La prudence est la vertu la plus nécessaire à la vie humaine.

  • Il faut une sous-traitance spécifique pour s'occuper des moyens, c'est la vertu de prudence qui s'en charge

La prudence est la vertu la plus nécessaire à la vie humaine. Bien vivre (bene vivere) consiste en effet à bien opérer (operari) [= agir]. Cependant pour que quelque chose soit bien opéré (bene operetur),

  • il est non seulement requis qu'on fasse quelque chose,
  • mais aussi qu'on le fasse d'une certaine manière (quomodo)

c'est à dire que

  • les [actions] soient posées selon une élection droite,
  • et non seulement à partir d'une impulsion ou d'une passion.

Mais, comme l'élection porte sur les moyens, la rectitude de l'élection requiert deux [choses], à savoir :

  • la fin due,
  • et ce qui est convenablement (convenienter) ordonnée à (ad) la fin due. [= plan des moyens]

[A la fin due]

  1. Mais à la fin due,
    • l'homme est convenablement disposé par la vertu [= ?? La témpérance] qui perfectionne la partie appétitive de l'âme, dont l'objet est
      • le bien
      • et la fin. 
  2. Mais à (ad) ce qui est convenablement ordonné à (in) la fin due,  [= plan des moyens]
    • il faut qu'on y soit directement disposé par un habitus de la raison, car
      • délibérer
      • et élire, 
        • qui sont les opérations relatives aux moyens,
    • sont des actes de la raison.

Et c'est pourquoi il est nécessaire que soit dans la raison une vertu intellectuelle, par laquelle est perfectionnée la raison, de sorte qu'elle se rapporte convenablement aux moyens.

Et cette vertu est la prudence. Aussi la prudence est-elle une vertu nécessaire pour bien vivre..

(Somme, I-II.q47a5)

Prudentia est virtus maxime necessaria ad vitam humanam. Bene enim vivere consistit in bene operari. Ad hoc autem quod aliquis bene operetur,

  • non solum requiritur quid faciat,
  • sed etiam quomodo faciat;

ut scilicet

  • secundum electionem rectam operetur,
  • non solum ex impetu aut passione.

Cum autem electio sit eorum quae sunt ad finem, rectitudo electionis duo requirit, scilicet

  • debitum finem;
  • et id quod convenienter ordinatur ad debitum finem.

[Ad debitum finem]

  1. Ad debitum autem finem homo convenienter disponitur per virtutem quae perficit partem animae appetitivam, cuius obiectum est
    • bonum
    • et finis.
  2. Ad id autem quod convenienter in finem debitum ordinatur,
    • oportet quod homo directe disponatur per habitum rationis, quia
      • consiliari
      • et eligere,
        • quae sunt eorum quae sunt ad finem,
    • sunt actus rationis.

Et ideo necesse est in ratione esse aliquam virtutem intellectualem, per quam perficiatur ratio ad hoc quod convenienter se habeat ad ea quae sunt ad finem.

Et haec virtus est prudentia. Unde prudentia est virtus necessaria ad bene vivendum. 

 

   

1. -- Il est intéressant de voir que TH. ajoute "et non seulement à partir d'une impulsion ou d'une passion", il aurait pu dire "et non à partir de". Il reste fidèle au fait que l'impulsion naturelle et la passion ne sont pas par elles-mêmes mauvaises, seulement neutres. Livrées à elles-mêmes, elles ne peuvent agir droitement, d'où la nécessité d'une vertu.

2. -- debitum finem : une fin issue d'une loi, cf. par ex. I-II.q91a2 :

Et d'où en cette créature est participée la raison éternelle, par laquelle elle possède une inclination naturelle à l'acte dû et à la fin due.

Unde et in ipsa participatur ratio aeterna, per quam habet naturalem inclinationem ad debitum actum et finem.

3. -- debitum finem : la traduction de 1933 dit : "la fin conforme au devoir", elle a été heureusement corrigée dans les années 80, c'est celle que nous avons retenue. Bien sûr, TH. est bien loin d'une morale du devoir !

4. -- convenienter : voir la notion de convenance chez TH.

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Thomas d'Aquin - Le mouvement vers la possession du bien commence à faire entrer en délectation - I-II.q32a2ad1

 

A. Ce qui est mû, bien qu'il ne possède pas encore parfaitement ce vers quoi il est mû, commence cependant de posséder déjà quelque chose de ce vers quoi il est mû ; et, selon cela, le mouvement lui-même possède une certaine délectation.

Il manque cependant à la délectation la perfection car les délectations les plus parfaites sont dans les réalités immuables.

B. Le mouvement devient aussi délectable en tant qu'il se fait par lui quelque chose qui convient qui auparavant ne convenait pas ou qui avait cessé d'exister.

(Somme, I-II.q32a2ad1)

A. Id quod movetur, etsi nondum habeat perfecte id ad quod movetur, incipit tamen iam aliquid habere eius ad quod movetur, et secundum hoc, ipse motus habet aliquid delectationis.

Deficit tamen a delectationis perfectione, nam perfectiores delectationes sunt in rebus immobilibus.

B. Motus etiam efficitur delectabilis, inquantum per ipsum fit aliquid conveniens quod prius conveniens non erat, vel desinit esse.

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Voir aussi ici : 

 

1. "Ce qui se meut" --> C'est un passif, pas un actif, on doit donc traduire : "Ce qui est mû".

2. La convenance : deux choses qui s'assemblent naturellement, comme l'appétit et l'appétible : il convient à l'appétit de tendre vers l'appétible, il convient l'appétible d'être objet de l'appétit. Il n'y a pas de dissonance entre eux. Quand l'appétible n'est pas porté à la connaissance ou à la présence de l'appétit, il ne peut se produire de convenance.

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