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Thomas d'Aquin - DeVer.q22a11.ad.sc2 et DeVer.q22a12ad5 - La volonté est plus noble du côté du mouvement

La liberté de la volonté ne désigne pas (ostendit) celle-ci comme plus noble (nobiliorem) absolument (simpliciter), mais plus noble dans le fait de mouvoir (sed nobiliorem in movendo).

 (DeVer.q22a11.ad.sc2)

Ad secundum dicendum quod libertas voluntatis non ostendit eam esse nobiliorem simpliciter sed nobiliorem in movendo, quod ex sequentibus magis patebit.

 

 

Quant au cinquième [argument], il faut dire que n’importe quelle puissance l’emporte sur une autre en ce qui lui est propre, tout comme le toucher est plus parfaitement rapporté à la chaleur qu’il sent par soi, que la vue qui la sent par accident ; et de la même manière,

  • l’intellect est plus complètement rapporté au vrai que la volonté,
  • et inversement la volonté est plus parfaitement rapporté au bien qui est dans les choses que l’intellect.

D'où,

  • bien que l’intellect soit absolument plus noble que la volonté, du moins à l’égard de certaines choses (ad minus respectu aliquarum rerum),
  • néanmoins, selon la raison du [fait de] mouvoir, qui appartient à la volonté en raison de son objet propre, la volonté se trouve être plus noble.

(DeVer.q22a12ad5)

Ad quintum dicendum quod quaelibet potentia praeeminet alteri in hoc quod est proprium sibi, sicut tactus perfectius comparatur ad calorem quem sentit per se, quam visus qui sentit ipsum per accidens; et similiter

  • intellectus completius comparatur ad verum quam voluntas,
  • et e converso voluntas perfectius comparatur ad bonum quod est in rebus quam intellectus.

Unde

  • quamvis intellectus simpliciter sit nobilior voluntate, ad minus respectu aliquarum rerum,
  • tamen secundum rationem movendi, quae competit voluntati ex ratione propria obiecti, voluntas nobilior invenitur.

 

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Thomas d'Aquin - DeVer.q22a11ad7

// : Cf : le "du moins à l’égard de certaines choses (ad minus respectu aliquarum rerum)" de DeVer.q22a12ad5

L’intellect n’abstrait de la matière que lorsqu’il intellige les choses sensibles et matérielles ; mais lorsqu’il intellige les choses qui sont au-dessus de lui, il n’abstrait pas, au contraire il reçoit [ces choses] moins simplement qu’elles ne sont en elles-mêmes ; d’où l’acte de la volonté, qui est porté vers les choses mêmes telles qu’elles sont en elles-mêmes, demeure plus simple et plus noble.

Ad septimum dicendum quod intellectus non abstrahit a materia nisi cum intelligit res sensibiles et materiales; cum vero intelligit res quae sunt supra ipsum non abstrahit, immo recipit minus simpliciter quam sint res ipsae in se ipsis; unde remanet actus voluntatis, qui fertur in ipsas res prout in se ipsis sunt, simplicior et nobilior.

 

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Thomas d'Aquin - DeVer.q22a11ad7 - L'intellect n'abstrait que des réalités sensibles et matérielles

L’intellect n’abstrait de la matière que lorsqu’elle intellige les choses (res) sensibles et matérielles.

Mais lorsqu’elle intellige les choses (res) qui sont au dessus d’elle,

  • elle n’abstrait pas,
  • mais reçoit au contraire moins simplement que les réalités ne sont en elles mêmes ;

D'où, l'acte de la volonté qui est porté dans les choses mêmes telles qu'elles sont en elles-mêmes, reste plus simple et plus noble.

(DeVer.q22a11ad7)

Intellectus non abstrahit a materia nisi cum intelligit res sensibiles et materiales.

Cum vero intelligit res quae sunt supra ipsum,

  • non abstrahit,
  • immo recipit minus simpliciter quam sint res ipsae in seipsis;

unde remanet actus voluntatis qui fertur in ipsas res prout in seipsis sunt, simplicior et nobilior.

 


 1. -- Difficile à saisir sans lire la question complète.

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Thomas d'Aquin - I.q82a3 - De l'intellect ou de la volonté, quelle est la plus grande ?

L'éminence d’une chose à l'égard d'une autre peut être considérée doublement, 

  • d'une manière : absolument (simpliciter),
  • d'une autre manière : sous un certain rapport (secundum quid).
  • Une chose est considérée telle absolument (simpliciter),
    • quand elle est telle selon elle-même (secundum seipsum),
  • et elle est telle selon un rapport,
    • quand elle est telle au regard d'une autre.

[Simpliciter]

Si l’intellect et la volonté sont considérées selon elles-mêmes (secundum se), ainsi l’intellect est trouvé plus éminent.

Et cela apparaît à partir de la comparaison des objets entre eux.

L'objet de l'intellect, en effet, est plus simple et plus absolu (absolutum) que l'objet de la volonté.

  • C'est un fait que l’objet de l’intellect est la raison même de bien appétible (ipsa ratio boni appetibilis) ; 
  • et le bien appétible, dont la ratio est dans l’intellect, est l’objet de la volonté.

Et plus quelque chose est simple et abstrait, plus il est selon soi noble et élevé. Et c’est pourquoi l’objet de l’intellect est plus élevé que l'objet de la volonté.

Et comme la ratio propre d’une puissance dépend de son rapport à l’objet, il s’ensuit que selon soi et absolument (simpliciter), l'intellect est plus élevée et plus noble que la volonté.

Eminentia alicuius ad alterum potest attendi dupliciter,

  • uno modo, simpliciter;
  • alio modo, secundum quid.
  • Consideratur autem aliquid tale simpliciter,
    • prout est secundum seipsum tale,
  • secundum quid autem,
    • prout dicitur tale secundum respectum ad alterum.

[ ]

Si ergo intellectus et voluntas considerentur secundum se, sic intellectus eminentior invenitur.

Et hoc apparet ex comparatione obiectorum ad invicem.

Obiectum enim intellectus est simplicius et magis absolutum quam obiectum voluntatis,

  • nam obiectum intellectus est ipsa ratio boni appetibilis;
  • bonum autem appetibile, cuius ratio est in intellectu, est obiectum voluntatis.

Quanto autem aliquid est simplicius et abstractius, tanto secundum se est nobilius et altius. Et ideo obiectum intellectus est altius quam obiectum voluntatis.

Cum ergo propria ratio potentiae sit secundum ordinem ad obiectum, sequitur quod secundum se et simpliciter intellectus sit altior et nobilior voluntate.

[Secundum quid]

Relativement (secundum quid) cependant, et par comparaison à un autre, la volonté est trouvée parfois (interdum) plus élevée que l'intellect ; c'est à dire à partir du [fait] que l'objet de la volonté est trouvé dans une chose (altiori re) plus elevée que l'objet de l'intellect. 

Comme si je disais que l’ouïe est sous un certain rapport plus noble que la vue, parce que la chose qui produit le son est d’une plus grande perfection qu’une autre chose qui serait colorée, bien que la couleur soit plus noble et plus simple que le son.

C'est un fait qui a déjà été dit plus haut,

  • l'action de l'intellect consiste en cela que la ratio de la chose intelligée (ratiot rei intellectae) est dans celui qui intellige ;
  • l’acte de la volonté, de son côté, est perfectionné en cela que la volonté est inclinée vers la chose-même (ipsam rem) telle qu'elle est en soi.

Et c'est pourquoi le Philosophe dit en Métaphysique VI

  • que le bien et le mal, qui sont objets de la volonté, sont dans les choses (rebus),
  • [et que] le vrai et le faux, qui sont objets de l’intellect, sont dans l’esprit.
  • Quand alors la chose (res) en laquelle est le bien est une chose plus noble que l’âme même (en laquelle est la raison (ratio) ayant été intelligée),
    • par comparaison à une telle chose (rem), la volonté est plus élevée que l'intellect.
  • Quand, d'un autre côté, la chose (res) en laquelle est le bien est une chose inférieure à l’âme,
    • à ce moment-là, par comparaison à une telle chose (rem)l’intellect est plus élevé que la volonté. 

D'où

  • il est meilleur d’aimer Dieu que de connaître [Dieu] ;
  • et au contraire il est meilleur de connaître les choses corporelles que de [les] aimer.

Toutefois, absolument (simpliciter) [parlant], l’intellect est plus noble que la volonté.

(Somme, I.q82a3)

 

[ ]

Secundum quid autem, et per comparationem ad alterum, voluntas invenitur interdum altior intellectu; ex eo scilicet quod obiectum voluntatis in altiori re invenitur quam obiectum intellectus.

Sicut si dicerem auditum esse secundum quid nobiliorem visu, inquantum res aliqua cuius est sonus, nobilior est aliqua re cuius est color, quamvis color sit nobilior et simplicior sono.

Ut enim supra dictum est,

  • actio intellectus consistit in hoc quod ratio rei intellectae est in intelligente;
  • actus vero voluntatis perficitur in hoc quod voluntas inclinatur ad ipsam rem prout in se est.

Et ideo philosophus dicit, in VI Metaphys.,

  • quod bonum et malum, quae sunt obiecta voluntatis, sunt in rebus;
  • verum et falsum, quae sunt obiecta intellectus, sunt in mente.
  • Quando igitur res in qua est bonum, est nobilior ipsa anima, in qua est ratio intellecta,
    • per comparationem ad talem rem, voluntas est altior intellectu.
  • Quando vero res in qua est bonum, est infra animam,
    • tunc etiam per comparationem ad talem rem, intellectus est altior voluntate.

Unde

  • melior est amor Dei quam cognitio,
  • e contrario autem melior est cognitio rerum corporalium quam amor.

Simpliciter tamen intellectus est nobilior quam voluntas.


Sur cette question, voir p. 553, la note intéressante de FX Putallaz dans L'âme humaine, Le Cerf, 2018 : De Veritate, q. 22, a. 11 "est plus aisé à comprendre que la dense explication de la Somme".

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