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Thomas d'Aquin - I-II.q27a2 - Bien et connaissance du bien sont principes de l'amour de ce bien

Comme nous l'avons dit, Le bien est cause de l'amour par mode d'objet. Or le bien n'est objet de l'appétit que selon qu'il est appréhendé. C'est pourquoi l'amour requiert une certaine appréhension du bien que l'on aime. Ce qui fait dire au Philosophe que "la vision corporelle est le principe de l'amour sensitif". Et de même, la contemplation de la beauté ou de la bonté spirituelle est le principe de l'amour spirituel. Ainsi donc la connaissance est cause de l'amour pour la même raison par laquelle le bien [est aussi cause], qui ne peut être aimé que s'il est connu.

Sicut dictum est, bonum est causa amoris per modum obiecti. Bonum autem non est obiectum appetitus, nisi prout est apprehensum. Et ideo amor requirit aliquam apprehensionem boni quod amatur. Et propter hoc philosophus dicit, IX Ethic., quod visio corporalis est principium amoris sensitivi. Et similiter contemplatio spiritualis pulchritudinis vel bonitatis, est principium amoris spiritualis. Sic igitur cognitio est causa amoris, ea ratione qua et bonum, quod non potest amari nisi cognitum.

1.

Il faut bien comprendre que lorsque Thomas dit que la connaissance du bien est tout autant cause de l'amour du bien que le bien lui-même, il ordonne néanmoins les deux réalités : le bien et la connaissance du bien. Les deux ne sont pas au même plan. Il est manifeste qu'il ne peut y avoir connaissance du bien si le bien n'existe pas. La connaissance est donc relative au bien qu'elle connaît.

Dans le déroulement du processus au cours duquel il y a amour de quelque chose, il faut à la fois que 

  • ce quelque chose existe
  • ET qu'il soit connu.

Le bien aimé existant comme une chose ne dépend pas de la connaissance que j'en ai.

Aimer quelque chose, c'est aimer la chose elle-même, pas la connaissance que j'en ai. La réponse à l'objection n°2 montre d'ailleurs qu'il n'est pas nécessaire de connaître parfaitement dans le détail ce qu'on aime pour l'aimer. Ici, la connaissance est donc relativisée de deux manières : 

  • en tant qu'elle est dépendante du bien connu,
  • et en tant qu'il n'est pas nécessaire qu'elle soit exhaustive.

2.

"pour la même raison par laquelle le bien [est aussi cause]" : la connaissance m'apporte ce qu'il y a dans la réalité du bien, d'où le fait qu'ils sont, d'une certaine manière, cause pour la même raison.

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Thomas d'Aquin - II-II.q180a7 - Est délectable ET le fait de voir, ET le fait de voir une personne aimée

Une contemplation peut être délectable de deux façon.

D'une première manière, en raison de l’opération elle-même, parce que pour chacun, l’opération qui lui convient selon sa propre nature ou selon son habitus est délectable. Or, la contemplation de la vérité revient à l'homme selon sa nature, en tant qu'il est un animal rationnel. De là vient que "tous les hommes désirent naturellement savoir", et que par conséquent ils se délectent dans la connaissance de la vérité. Et cela devient encore plus délectable pour celui qui possède l’habitus de la sagesse et de la science, par lequel il arrive que l’on contemple sans difficulté.

D’une autre manière, la contemplation est rendue délectable du fait de l'objet, à savoir en tant que quelqu'un contemple la chose aimée ; comme il arrive aussi dans la vision corporelle qu'elle soit rendue délectable non seulement du fait que voir est en soi délectable, mais aussi du fait que l'on voit une personne aimée. Puisque donc la vie contemplative consiste principalement dans la contemplation de Dieu, à laquelle meut la charité (comme il a été dit), il s'ensuit que dans la vie contemplative, il y a une délectation non seulement en raison de la contemplation elle-même, mais en raison de l’amour divin lui-même.

Et sous ce double aspect, sa délectation surpasse toute délectation humaine. Car,

  • d'une part, la délectation spirituelle est plus puissante que la délectation charnelle (comme cela a été établi plus haut, lors du traité sur les passions),
  • et d'autre part, l'amour même par lequel Dieu est chéri par charité surpasse tout amour. C'est pourquoi il est dit dans le Psaume : Goûtez et voyez comme le Seigneur est suave.

Respondeo dicendum quod aliqua contemplatio potest esse delectabilis dupliciter.

Uno modo, ratione ipsius operationis, quia unicuique delectabilis est operatio sibi conveniens secundum propriam naturam vel habitum. Contemplatio autem veritatis competit homini secundum suam naturam, prout est animal rationale. Ex quo contingit quod omnes homines ex natura scire desiderant, et per consequens in cognitione veritatis delectantur. Et adhuc magis fit hoc delectabile habenti habitum sapientiae et scientiae, ex quo accidit quod sine difficultate aliquis contemplatur.

Alio modo contemplatio redditur delectabilis ex parte obiecti, inquantum scilicet aliquis rem amatam contemplatur, sicut etiam accidit in visione corporali quod delectabilis redditur non solum ex eo quod ipsum videre est delectabile, sed ex eo etiam quod videt quis personam amatam. Quia ergo vita contemplativa praecipue consistit in contemplatione Dei, ad quam movet caritas, ut dictum est; inde est quod in vita contemplativa non solum est delectatio ratione ipsius contemplationis, sed ratione ipsius divini amoris.

Et quantum ad utrumque eius delectatio omnem delectationem humanam excedit. Nam

  • et delectatio spiritualis potior est quam carnalis, ut supra habitum est, cum de passionibus ageretur,
  • et ipse amor quo ex caritate Deus diligitur, omnem amorem excedit. Unde et in Psalmo dicitur, gustate, et videte quoniam suavis est dominus.
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Thomas d'Aquin - II-II.q180a7ad1 - La perfection ultime de la vie contemplative c'est que non seulement la vérité divine soit vue, mais aussi aimée

ll faut donc répondre au premier argument que la vie contemplative, bien qu'elle consiste essentiellement dans l'intellect, a néanmoins son principe dans l'affect, dans la mesure où c'est par la charité que l'on est incité à la contemplation de Dieu. Et parce que la fin répond au principe, il s'ensuit que le terme et la fin de la vie contemplative se trouvent aussi dans l'affect : lorsque l'on se délecte dans la vision de la chose aimée, et que cette délectation même de la chose vue excite plus encore l'amour.

C'est pourquoi Grégoire dit, dans son Commentaire sur Ézéchiel : "quand on a vu celui qu'on aime, on s'embrase plus encore d'amour pour lui". Et c'est là l'ultime perfection de la vie contemplative : que non seulement la vérité divine soit vue, mais aussi qu'elle soit aimée.

Ad primum ergo dicendum quod vita contemplativa, licet essentialiter consistat in intellectu, principium tamen habet in affectu, inquantum videlicet aliquis ex caritate ad Dei contemplationem incitatur. Et quia finis respondet principio inde est quod etiam terminus et finis contemplativae vitae habetur in affectu, dum scilicet aliquis in visione rei amatae delectatur, et ipsa delectatio rei visae amplius excitat amorem.

Unde Gregorius dicit,super Ezech., quod cum quis ipsum quem amat viderit, in amorem ipsius amplius ignescit. Et haec est ultima perfectio contemplativae vitae, ut scilicet non solum divina veritas videatur, sed etiam ut ametur.

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