Com.1Co (Chap.XIII,4)
//
| [Voir par un miroir] | |
|
800. (...) Ici, il faut premièrement considérer ce qu'est (quid sit) voir par un miroir et en énigme ; et deuxièmement, ce qu'est (quid sit) voir face à face. Il faut donc savoir qu'un quelque chose sensible peut être vue de trois manières :
|
800. (...) Ubi primo considerandum est, quid sit videre per speculum in aenigmate; secundo quid sit videre facie ad faciem. Sciendum est ergo, quod sensibile aliquid potest tripliciter videri,
|
|
801. De plus, il faut savoir qu'une telle similitude — celle d'une similitude re-luisant dans un autre — est double :
Ceci se fait par une similitude occulte. Et cela se dit de la glace, qui est engendrée de l'eau congelée, tandis que l'eau est engendrée de la glace résolue [i.e. à son état liquide]. Ainsi donc, il est clair que la vision par la similitude d'une similitude est « dans un miroir » par une similitude occulte « en énigme », mais par une similitude claire et ouverte, elle produit une autre espèce de vision allégorique. En tant donc que nous connaissons les réalités invisibles de Dieu par les créatures, nous sommes dits voir « par un miroir ». Mais en tant que ces réalités invisibles nous sont occultes, nous voyons « en énigme ». Ou autrement : nous voyons maintenant « par un miroir », c'est-à-dire par notre raison ; et alors « par » désigne seulement la puissance. Comme s'il disait : nous voyons par un miroir, c'est-à-dire par la vertu de notre âme. |
801. Ulterius autem sciendum est, quod huiusmodi similitudo, quae est similitudinis in alio relucentis, est duplex:
Et dicitur de glacie, quae gignitur ex aqua congelata, et aqua gignitur ex glacie resoluta. Sic ergo patet, quod visio per similitudinem similitudinis est in speculo per simile occultum in aenigmate, sed per simile clarum et apertum facit aliam speciem allegoricae visionis. Inquantum ergo invisibilia Dei per creaturas cognoscimus, dicimur videre per speculum. Inquantum vero illa invisibilia sunt nobis occulta, videmus in aenigmate. Vel aliter, videmus nunc per speculum, id est per rationem nostram, et tunc per, designat virtutem tantum. Quasi dicat videmus per speculum, id est virtute animae nostrae. |
| [ Voir face à face] | |
|
802. Concernant le second point, il faut savoir que Dieu, en tant que Dieu, n'a pas de face ; et c'est pourquoi ce qu'il dit, « face à face », est dit de manière métaphorique. En effet, quand nous voyons quelque chose dans un miroir, nous ne voyons pas la chose elle-même (ipsma rem), mais sa similitude ; mais quand nous voyons quelque chose selon la face, alors nous voyons la chose elle-même comme elle est (ipsam rem sicut est). C'est pourquoi l'Apôtre ne veut rien dire d'autre, lorsqu'il dit : « nous verrons dans la patrie face à face », sinon que nous verrons l'essence même de Dieu. 1 Jean 3,2 : « nous le verrons comme il est », etc. |
802. Circa secundum vero sciendum est, quod Deus, secundum quod Deus, non habet faciem, et ideo hoc, quod dicit, facie ad faciem, metaphorice dicitur. Cum enim videmus aliquid in speculo, non videmus ipsam rem, sed similitudinem eius; sed quando videmus aliquid secundum faciem, tunc videmus ipsam rem sicut est. Ideo nihil aliud vult dicere apostolus, cum dicit: videbimus in patria facie ad faciem, quam quod videbimus ipsam Dei essentiam. I Io. III, 2: videbimus eum sicuti est, et cetera. |
| [Objections et réponses contre la vision de Dieu par essence] (Trad. Gemini non revue) | |
|
Mais il y a une objection en sens contraire : car en Genèse 32, 30, il est dit : « J'ai vu le Seigneur face à face », etc. Or, il est constant qu'il ne vit pas alors l'essence de Dieu ; donc, voir "face à face" n'est pas [nécessairement] voir l'essence de Dieu. Réponse. Il faut dire que cette vision fut imaginaire ; or, la vision imaginaire constitue un certain degré plus élevé, à savoir : voir ce qui apparaît dans l'image même sous laquelle cela apparaît ; tandis qu'un autre degré, le plus bas, consiste seulement à entendre des paroles. C'est pourquoi Jacob, pour suggérer l'excellence de la vision imaginaire qui lui était montrée, dit : «J'ai vu le Seigneur face à face », c'est-à-dire : j'ai vu le Seigneur apparaissant imaginairement dans son image, et non par son essence même. Car, dans ce dernier cas, ce n'aurait pas été une vision imaginaire. |
Sed contra est, quia Gen. XXXII, 30 dicitur: vidi Dominum facie ad faciem, et cetera. Sed constat, quod tunc non vidit essentiam Dei; ergo videre facie ad faciem, non est videre essentiam Dei. Responsio. Dicendum est quod illa visio fuit imaginaria; visio autem imaginaria est quidam gradus altior, scilicet videre illud quod apparet: in ipsa imagine in qua apparet et alius gradus infimus scilicet audire tantum verba. Unde Iacob, ut insinuaret excellentiam visionis imaginariae sibi ostensae, dicit vidi Dominum facie ad faciem, id est vidi Dominum imaginarie apparentem in sua imagine et non per essentiam suam. Sic enim non fuisset visio imaginaria. |
|
803. Pourtant, certains disent que dans la patrie, l'essence divine elle-même sera vue par une similitude créée. Mais cela est tout à fait faux et impossible, car jamais une chose ne peut être connue dans son essence par une similitude qui ne concorde pas avec cette chose selon l'espèce. En effet, la pierre ne peut être connue selon ce qu'elle est, sinon par l'espèce de la pierre qui est dans l'âme. Car aucune similitude ne conduit à la connaissance de l'essence d'une chose si elle diffère de cette chose selon l'espèce, et bien moins encore si elle en diffère selon le genre. On ne peut pas, en effet, par l'espèce du cheval ou de la blancheur, connaître l'essence de l'homme, et bien moins encore l'essence de l'ange. Bien moins encore, donc, par une quelconque espèce créée, quelle qu'elle soit, peut être vue l'essence divine ; car n'importe quelle espèce créée dans l'âme distance plus l'essence divine que l'espèce du cheval ou de la blancheur ne distance l'essence de l'ange. C'est pourquoi, poser que Dieu soit vu seulement par une similitude, ou par un certain rayonnement de sa clarté, c'est poser que l'essence divine n'est pas vue. |
803. Sed tamen quidam dicunt, quod in patria ipsa divina essentia videbitur per similitudinem creatam. Sed hoc est omnino falsum et impossibile, quia numquam potest aliquid per essentiam cognosci per similitudinem, quae non conveniat cum re illa in specie. Lapis enim non potest cognosci secundum illud quod est, nisi per speciem lapidis, quae est in anima. Nulla enim similitudo ducit in cognitionem essentiae alicuius rei, si differat a re illa secundum speciem, et multo minus si differt secundum genus. Non enim per speciem equi, vel albedinis potest cognosci essentia hominis, et multo minus essentia angeli. Multo ergo minus per aliquam speciem creatam, quaecumque sit illa, potest videri divina essentia, cum ab essentia divina plus distet quaecumque species creata in anima, quam species equi, vel albedinis ab essentia angeli. Unde ponere quod Deus videatur solum per similitudinem, seu per quamdam refulgentiam claritatis suae, est ponere divinam essentiam non videri. |
| Et, en outre, puisque l'âme est une certaine similitude de Dieu, cette vision [de la patrie] ne serait pas plus « claire et ouverte » — celle qui est promise aux saints dans la gloire et dans laquelle sera notre béatitude — que la vision « dans un miroir et en énigme » qui a lieu durant le chemin. C'est pourquoi Augustin dit ici, dans la Glose, que la vision de Dieu qui se fait par une similitude appartient à la vision du miroir et de l'énigme. | Et, praeterea, cum anima sit quaedam similitudo Dei, visio illa non magis esset specularis et aenigmatica, quae est in via, quam visio clara et aperta, quae repromittitur sanctis in gloria, et in qua erit beatitudo nostra. Unde Augustinus dicit hic in Glossa, quod visio Dei, quae est per similitudinem, pertinet ad visionem speculi et aenigmatis. |
| Il s'ensuivrait également que la béatitude ultime de l'homme se trouverait dans un autre que Dieu lui-même, ce qui est étranger à la foi. De même, le désir naturel de l'homme, qui est de parvenir à la cause première des choses et de la connaître en elle-même, serait vain. | Sequeretur etiam quod beatitudo hominis ultima esset in alio, quam in ipso Deo, quod est alienum a fide. Naturale etiam hominis desiderium, quod est perveniendi ad primam rerum causam, et cognoscendi ipsam per seipsam, esset inane. |
- Dernière mise à jour le .