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Thomas d'Aquin - Compendium II.9-10 - EN COURS

// : CG.III.51 ; Quod.Xq8 ; DeVer.q8a1 ; DeVer.q8a1ad6 ; I.q12a5 ; Suppl.q92a1 ; Comm.Jean.I.11 (pp. 134-139) ; Comm.1Co.XIII.4 ; Compendium.I.105

Chapitre 9

Capitulum 9

 

Pour chaque chose, son bien propre est naturellement désirable, c’est pourquoi on définit convenablement le bien comme ce que tous désirent. Or, le bien propre de chaque chose est ce par quoi cette chose est perfectionnée : nous disons en effet que chaque chose est bonne du fait qu’elle atteint sa perfection propre. Et dans la mesure où elle manque de bonté, elle manque de sa perfection propre,

  • d'où il s'ensuit que chaque chose désire sa perfection,
  • d'où il s'ensuit aussi que l'homme désire naturellement être perfectionné.

Et puisqu'il y a de nombreux degrés de la perfection humaine, ce qui relève de sa perfection ultime tombe naturellement dans son appétit par-dessus tout (praecipue) et à titre de principe (principaliter). Or, on reconnaît ce bien à cet indice, que le désir naturel de l'homme s'y repose. En effet, puisque le désir naturel de l'homme ne tend que vers son bien propre, lequel consiste en une certaine perfection (in aliqua perfectione), il s'ensuit que tant qu'il reste quelque chose à désirer, l'homme n'est pas encore parvenu à sa perfection ultime.

Or, de deux manières il reste encore quelque chose à désirer.

  • D'une part, lorsque ce qui est désiré est recherché en vue d'autre chose, d'où il faut que, cela étant obtenu, le désir ne se repose pas encore, mais soit porté vers autre chose.
  • D'autre part, lorsque cela ne suffit pas pour obtenir ce que l'homme désire, à la façon d'une nourriture insuffisante qui ne suffit pas au soutien de la nature, de sorte qu'elle ne rassasie pas l'appétit naturel. Ce bien que l'homme désire donc en premier et à titre de principe (principaliter) doit être tel qu'il ne soit pas recherché en vue d'autre chose, et qu'il suffise à l'homme.
  • Or, ce bien est communément appelé félicité, [ce bien rend heureux]
    • en tant qu'il est le bien principal (principale) de l'homme : c'est par là en effet que nous disons que certains sont heureux (felices), du fait que nous croyons qu'ils sont bien (quod eis credimus bene esse).
  • Il est appelé aussi béatitude[ce bien rend heureux au plus haut point]
    • en tant qu'il désigne l'excellence (excellentiam).
  • Il peut aussi être appelé paix[pourquoi ce bien rend heureux au plus haut point]
    • en tant qu'il donne le repos, car le repos de l'appétit semble être la paix intérieure, d'où il est dit dans le Psaume CXLVII, 3 : Lui qui a mis la paix dans tes frontières.

Unicuique rei naturaliter appetibile est proprium bonum, unde et bonum convenienter definiunt esse quod omnia appetunt. Proprium autem bonum uniuscuiusque rei est id quo res illa perficitur: dicimus enim unamquamque rem bonam, ex eo quod propriam perfectionem attingit. Intantum vero bonitate caret, inquantum propria perfectione caret,

  • unde consequens est ut unaquaeque res suam perfectionem appetat,
  • unde et homo naturaliter appetit perfici.

Et cum multi sint gradus perfectionis humanae, illud praecipue et principaliter in eius appetitum naturaliter cadit, quod ad ultimam eius perfectionem spectat. Hoc autem bonum hoc indicio cognoscitur, quod naturale desiderium hominis in eo quiescit. Cum enim naturale desiderium hominis non tendat nisi in bonum proprium, quod in aliqua perfectione consistit, consequens est quod quamdiu aliquid desiderandum restat, nondum pervenit homo ad ultimam perfectionem suam.

Dupliciter autem adhuc restat aliquid desiderandum.

  • Uno modo, quando id quod desideratur, propter aliquid aliud quaeritur, unde oportet quod eo obtento adhuc desiderium non quiescat, sed feratur in aliud.
  • Alio modo, quando non sufficit ad obtinendum id quod homo desiderat, sicut modicus cibus non sufficit ad sustentationem naturae, unde naturalem appetitum non satiat.Illud ergo bonum quod homo primo et principaliter desiderat, tale debet esse ut non quaeratur propter aliud, et sufficiat homini.
  • Hoc autem bonum communiter felicitas nominatur,
    • inquantum est bonum hominis principale: per hoc enim aliquos felices esse dicimus, quod eis credimus bene esse.
  • Vocatur etiam beatitudo,
    • inquantum excellentiam designat.
  • Potest et pax vocari,
    • inquantum quietat, nam quies appetitus pax interior esse videtur, unde in Psal. CXLVII, 3, dicitur: qui posuit fines tuos pacem.

(...)

Il faut aussi que la plénitude de la joie se prenne non seulement selon la chose dont on est réjoui, mais selon la disposition de celui qui jouit, à savoir qu’il ait présente la chose dont il est réjoui, et que tout l’affect de celui qui jouit soit porté par l’amour dans la cause de la joie. Or, on vient de montrer que par la vision de l’essence divine, l’esprit créé saisit (tenet) Dieu comme présent. Cette vision même de Dieu enflamme totalement son affect (totaliter affectum accendit) à l’amour divin. Si, en effet, selon ce que dit Denys au chapitre IV des Noms divins, un être est aimable à la mesure de sa beauté et de sa bonté, il est impossible que Dieu – qui est l’essence même de la beauté et de la bonté – soit vu sans être aimé. C’est pourquoi de la parfaite vision découle un amour parfait. 

(...)

Oportet ergo plenitudinem gaudii attendi non solum secundum rem de qua gaudetur, sed secundum dispositionem gaudentis, ut scilicet rem de qua gaudet, praesentem habeat, et totus affectus gaudentis per amorem feratur in gaudii causam. Iam autem ostensum est, quod per visionem divinae essentiae mens creata praesentialiter tenet Deum: ipsa etiam visio totaliter affectum accendit ad divinum amorem. Si enim unumquodque est amabile inquantum est pulchrum et bonum, secundum Dionysium de Divinis nominibus cap. IV, impossibile est quod Deus, qui est ipsa essentia pulchritudinis et bonitatis, absque amore videatur. Et ideo ex perfecta eius visione sequitur perfectus amor: unde et Gregorius dicit super Ezech.: amoris ignis qui hic ardere inchoat, cum ipsum quem amat viderit, in amore ipsius amplius ignescit.

Tanto autem maius est gaudium de aliquo praesentialiter habito, quanto magis amatur, unde sequitur quod illud gaudium sit plenum non tantum ex parte rei de qua gaudetur, sed etiam ex parte gaudentis. Et hoc gaudium est humanae beatitudinis consummativum, unde et Augustinus dicit X Confessionum, quod beatitudo est gaudium de veritate.


 

Connaissance de Dieu, Connaissance de Dieu par essence

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Thomas d'Aquin - Compendium I.105

// : CG.III.51 ; Quod.Xq8 ; DeVer.q8a1 ; DeVer.q8a1ad6 ; I.q12a5 ; Suppl.q92a1 ; Comm.Jean.I.11 (pp. 134-139) ; Comm.1Co.XIII.4

Chapitre 105

Comment l’intellect créé peut voir l’essence divine

Capitulum 105

Quomodo intellectus creatus divinam essentiam videre possit

Il faut maintenant examiner comment cela est possible. Il est manifeste en effet que puisque notre intellect ne connaît rien sinon par une certaine species de cette chose, il est impossible que par la species d’une chose on connaisse l’essence d’une autre chose, et plus l'espèce par laquelle l'intellect connaît est distante de la chose connue (re cognita), plus notre intellect a une connaissance imparfaite de l'essence de cette chose. Si, par exemple, on connaissait l’essence du bœuf par la species de l’âne, on connaîtrait son essence de façon imparfaite, c’est-à-dire quant au genre seulement. Cette connaissance serait plus imparfaite encore si on connaissait cette essence à partir de la pierre, car ce serait un genre plus éloigné encore. Et si on connaissait par la species d’une certaine chose (alicuius rei) qui n’aurait aucun genre commun avec le bœuf, en aucune manière on connaîtrait l’essence du bœuf.

Or, il est manifeste d'après ce qui précède que nulle réalité créée ne communique avec Dieu selon le genre (in genere) [chap. 12 et 13] ; par conséquent, par quelque espèce créée que ce soit — non seulement sensible, mais même intelligible —, Dieu ne peut être connu par son essence. Pour que Dieu soit donc connu par son essence, il est nécessaire (necesse) que Dieu lui-même devienne la forme de l'intellect qui le connaît ainsi et qu'il lui soit conjointconjoint, dis-je, non pour constituer une seule nature, mais comme l'espèce intelligible [est conjointe] à celui qui intellige ; car de même qu'il est son être, de même [Dieu] est sa vérité, laquelle est la forme de l'intellect.

Or il est nécessaire que tout ce qui reçoit une certaine forme (aliquam formam) reçoive aussi une certaine disposition (aliquam dispositionem) à cette forme. Mais notre intellect n'est pas, par sa nature (ex ipsa natura), dans la disposition ultime requise à l'égard de cette forme qu'est la vérité, car autrement il l'atteindrait dès le commencement (a principio) ; il faut donc que, lorsqu'il la reçoit, il y soit élevé par une certaine disposition nouvellement ajoutée : c'est ce que nous appelons la lumière de gloire, par laquelle en quelque sorte (quidem) notre intellect est inondé par Dieu (a Deo perfunditur), qui seul possède en propre cette forme selon sa nature, de même que la disposition de chaleur nécessaire à la forme du feu ne peut provenir que du feu. Et c'est de cette lumière qu'il est dit dans le Psaume (35,10) : En ta lumière, nous verrons la lumière.

Hoc autem quomodo possibile sit considerandum est. Manifestum est autem quod, cum intellectus noster nihil cognoscat nisi per aliquam speciem eius, impossibile est quod per speciem unius rei cognoscat essentiam alterius; et quanto magis species per quam cognoscit intellectus plus distat a re cognita, tanto intellectus noster imperfectiorem cognitionem habet de essentia rei illius. Puta, si cognosceret bovem per speciem asini, cognosceret eius essentiam imperfecte, scilicet quantum ad genus tantum; magis autem imperfecte si cognosceret per lapidem, quia cognosceret per genus magis remotum; si autem cognosceret per speciem alicuius rei quae nullo bovi communicaret in genere, nullo modo essentiam bovis cognosceret.

Manifestum est autem ex superioribus quod nullum creatum communicat cum Deo in genere; per quamcumque igitur speciem creatam, non solum sensibilem sed intelligibilem, Deus per essentiam cognosci non potest. Ad hoc igitur quod Deus per essentiam cognoscatur, necesse est quod ipse Deus fiat forma intellectus ipsum sic cognoscentis et coniungatur ei, coniungatur inquam non ad unam naturam constituendam sed sicut species intelligibilis intelligenti; ipse enim sicut est suum esse, ita est sua veritas, quae est forma intellectus.

Necesse est autem quod omne quod consequitur aliquam formam, consequatur dispositionem aliquam ad formam illam. Intellectus autem noster non est ex ipsa sua natura in ultima dispositione existens respectu formae illius quae est veritas, quia a principio ipsam assequeretur; oportet igitur quod, cum eam consequitur, aliqua dispositione de novo addita elevetur: quod dicimus gloriae lumen, quo quidem intellectus noster a Deo perfunditur qui solus secundum suam naturam hanc formam propriam habet, sicut nec dispositio caloris ad formam ignis potest esse nisi ab igne. Et de hoc lumine dicitur in Psalmo in lumine tuo videbimus lumen.


 

Connaissance de Dieu, Connaissance de Dieu par essence, Vérité même, Dieu vérité

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