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Thomas d'Aquin - II-II.q24a2ad2 - La charité doit nécessairement être infusée dans nos cœurs pour que nous aimions Dieu au maximum

Dieu, selon soi, est au plus haut point connaissable, non cependant pour nous, à cause de la déficience (defectum) de notre connaissance, qui dépend des choses sensibles ; de même aussi Dieu en soi est au plus haut point aimable (maxime diligibilis) en tant qu'objet de la béatitude, mais de cette manière il n'est pas au plus haut point aimable (maxime diligibilis) par nous, en raison de l'inclination de notre affect aux biens visibles. D'où il est nécessaire, pour aimer Dieu au plus haut point de cette manière, que la charité soit infusée dans nos cœurs.

Ad secundum dicendum quod sicut Deus secundum se est maxime cognoscibilis, non tamen nobis, propter defectum nostrae cognitionis, quae dependet a rebus sensibilibus; ita etiam Deus in se est maxime diligibilis inquantum est obiectum beatitudinis, sed hoc modo non est maxime diligibilis a nobis, propter inclinationem affectus nostri ad visibilia bona. Unde oportet quod ad Deum hoc modo maxime diligendum nostris cordibus caritas infundatur.


Amour, Charité, Béatitude, Inclination, Affect, Infusion, Dieu aimable au plus haut point, Dieu connaissable au plus haut point, Défaut (de notre intellect), Aimable, Aimable souverain

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Thomas d'Aquin - II-II.q26a2 - L'amitié de charité est fondée sur la communication de la béatitude

Chaque amitié regarde principalement ce en quoi se trouve principalement ce bien sur la communication duquel elle est fondée ; ainsi l'amitié politique regarde plus principalement le prince de la cité, de qui dépend tout le bien commun de la cité ; d'où vient qu'à lui sont dus au plus haut point la fidélité et l'obéissance de la part des citoyens.

Or, l'amitié de charité est fondée sur la communication de la béatitude, laquelle consiste essentiellement en Dieu comme en son premier principe, de qui elle dérive en tous ceux qui sont capables de béatitude.

Et c'est pourquoi, principalement et au plus haut point, Dieu doit être aimé de charité, car lui-même est aimé comme cause de la béatitude ; le prochain, quant à lui, [est aimé] comme participant avec nous à la béatitude reçue de lui.

Respondeo dicendum quod unaquaeque amicitia respicit principaliter illud in quo principaliter invenitur illud bonum super cuius communicatione fundatur, sicut amicitia politica principalius respicit principem civitatis, a quo totum bonum commune civitatis dependet; unde et ei maxime debetur fides et obedientia a civibus.

Amicitia autem caritatis fundatur super communicatione beatitudinis, quae consistit essentialiter in Deo sicut in primo principio, a quo derivatur in omnes qui sunt beatitudinis capaces.

Et ideo principaliter et maxime Deus est ex caritate diligendus, ipse enim diligitur sicut beatitudinis causa; proximus autem sicut beatitudinem simul nobiscum ab eo participans.


Amour, Charité, Obéissance, Béatitude, Communication, Participation, Prochain, Premier principe, Prince, Cité, Fidélité

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Thomas d'Aquin - II-II.q27a4 - Dès cette vie, la charité aime Dieu immédiatement, contrairement à la connaissance

Comme il a été dit plus haut,

  • l'acte de la vertu cognitive est perfectionné par cela que le connu est dans le connaissant ;
  • l'acte de la vertu appétitive, quant à lui, est perfectionné par cela que l'appétit est incliné vers la chose même.

C'est pourquoi il faut que

  • le mouvement de la vertu appétitive se porte vers les choses selon la condition même de ces choses,
  • tandis que l'acte de la vertu cognitive s'opère selon le mode du connaissant.

[Dieu est par soi connaissable et aimable]

Or, l’ordre même des choses est tel selon soi, que Dieu est 

  • par soi-même connaissable
  • et aimable,

puisque par son existence essentielle, il est 

  • la vérité
  • et la bonté mêmes,

par lesquelles les autres choses sont 

  • et connues
  • et aimées.

[Le cas de l'homme connaissant et aimant Dieu]

Mais, en ce qui nous concerne, puisque notre connaissance tire son origine du sens, les choses les plus proches du sens sont connaissables en premier ; et le terme ultime de la connaissance réside dans ce qui est le plus éloigné du sens.

C'est pourquoi, selon ce principe, il faut dire que l'amour (dilectio), qui est l'acte de la vertu appétitive, tend vers Dieu en premier, même dans l'état de la vie présente, et de lui il dérive vers les autres choses ; selon cela, la charité aime Dieu immédiatement, et les autres choses par la médiation de Dieu.

Dans la connaissance, en revanche, il en va inversement : c'est par les autres [choses] que nous connaissons Dieu, comme la cause par ses effets, ou par mode d'éminence ou de négation, ainsi qu'il apparaît chez Denys, dans son livre Des Noms Divins.

Respondeo dicendum quod, sicut supra dictum est,

  • actus cognitivae virtutis perficitur per hoc quod cognitum est in cognoscente,
  • actus autem virtutis appetitivae perficitur per hoc quod appetitus inclinatur in rem ipsam.

Et ideo oportet quod

  • motus appetitivae virtutis sit in res secundum conditionem ipsarum rerum,
  • actus autem cognitivae virtutis est secundum modum cognoscentis.

[---]

Est autem ipse ordo rerum talis secundum se quod Deus est

  • propter seipsum cognoscibilis
  • et diligibilis,

utpote essentialiter existens

  • ipsa veritas
  • et bonitas,

per quam alia

  • et cognoscuntur
  • et amantur.

[---]

Sed quoad nos, quia nostra cognitio a sensu ortum habet, prius sunt cognoscibilia quae sunt sensui propinquiora; et ultimus terminus cognitionis est in eo quod est maxime a sensu remotum.

Secundum hoc ergo dicendum est quod dilectio, quae est appetitivae virtutis actus, etiam in statu viae tendit in Deum primo, et ex ipso derivatur ad alia, et secundum hoc caritas Deum immediate diligit, alia vero mediante Deo.

In cognitione vero est e converso, quia scilicet per alia Deum cognoscimus, sicut causam per effectus, vel per modum eminentiae aut negationis ut patet per Dionysium, in libro de Div. Nom.

 


Amour, Charité, Inclination, Connaissance, Appétit, Sens (les), Chose elle-même, Essence, Méditation, Intermédiaire, Vérité même, Existence, Bonté même, Connaissance négative, Immédiateté, Aimable, Aimable par soi

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Thomas d'Aquin - II-II.q44a1 - La fin de la vie spirituelle, c'est que l'homme soit uni à Dieu, ce qui se fait par la charité

La fin de la vie spirituelle c'est que l'homme soit uni à Dieu, ce qui se fait par la charité, et à cela est ordonné, comme à une fin, toutes les choses qui relèvent de la vie spirituelle.

(Somme, II-II.q44a1)

Finis autem spiritualis vitae est ut homo uniatur Deo, quod fit per caritatem, et ad hoc ordinantur, sicut ad finem, omnia quae pertinent ad spiritualem vitam.

 


Charité, Fin, Vie spirituelle, Union à Dieu

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