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Thomas d'Aquin - CG.I.60 - Dieu est la vérité

// : Compendium I.105 ; 

La fin du chapitre 59 se termine par l'affirmation : "Donc la vérité est en Dieu".

Des prémisses qui précèdent, il apparaît que Dieu lui-même est la vérité.

Ex praemissis autem apparet quod ipse Deus est veritas.

En effet, la vérité est une certaine perfection de l'intelligence, ou de l'opération intellectuelle, comme on l'a dit. Or, l'intelliger de Dieu est sa propre substance. De plus, cet intelliger lui-même, puisqu'il est l'être divin (comme on l'a montré), n'est pas rendu parfait par une perfection qui vient en plus (supervenienti), mais il est parfait par soi-même : comme on l'a montré plus haut au sujet de l'être divin. Il reste donc que la substance divine est la vérité même. Veritas enim quaedam perfectio est intelligentiae, sive intellectualis operationis, ut dictum est. Intelligere autem Dei est sua substantia. Ipsum etiam intelligere, cum sit divinum esse, ut ostensum est, non supervenienti aliqua perfectione perfectum est, sed est per seipsum perfectum: sicut et de divino esse supra ostensum est. Relinquitur igitur quod divina substantia sit ipsa veritas.
De même. La vérité est une certaine bonté de l'intellect, selon le Philosophe. Or Dieu est sa propre bonté, comme on l'a montré plus haut. Donc il est aussi sa propre vérité. Item. Veritas est quaedam bonitas intellectus, secundum Philosophum. Deus autem est sua bonitas, ut supra ostensum est. Ergo est etiam sua veritas.

En outre. On ne peut rien dire de Dieu par participation : puisqu'il est son propre être, lequel ne participe à rien. Or la vérité est en Dieu, comme on l'a montré plus haut. Si donc elle n'est pas dite par participation, il faut qu'elle soit dite par essence. Dieu est donc sa propre vérité.

Praeterea. De Deo nihil participative dici potest: cum sit suum esse, quod nihil participat. Sed veritas est in Deo, ut supra ostensum est. Si igitur non dicatur participative, oportet quod dicatur essentialiter. Deus ergo est sua veritas.

De plus. Bien que le vrai ne soit pas proprement dans les choses (rebus) mais dans l'esprit (mente), selon le Philosophe, °°° une chose est pourtant parfois dite vraie selon qu'elle atteint proprement l'acte de sa propre nature. D'où Avicenne dit, dans sa Métaphysique, que la vérité d'une chose est la propriété de l'être de chaque chose qui lui est établi, en tant qu'une telle chose est née pour produire d'elle-même une estimation vraie, et en tant qu'elle imite sa propre raison [idée] qui est dans l'esprit divin. Or Dieu est sa propre essence. Donc, que nous parlions de la vérité de l'intellect ou de la vérité de la chose, Dieu est sa propre vérité. Amplius. Licet verum proprie non sit in rebus sed in mente, secundum Philosophum, res tamen interdum vera dicitur, secundum quod proprie actum propriae naturae consequitur. Unde Avicenna dicit, in sua Metaphysica, quod veritas rei est proprietas esse uniuscuiusque rei quod stabilitum est ei, inquantum talis res nata est de se facere veram aestimationem, et inquantum propriam sui rationem quae est in mente divina, imitatur. Sed Deus est sua essentia. Ergo, sive de veritate intellectus loquamur sive de veritate rei, Deus est sua veritas.
Ceci est d'ailleurs confirmé par l'autorité du Seigneur disant de lui-même (Jean 14, 6) : "Je suis la voie, la vérité et la vie". Hoc autem confirmatur auctoritate domini de se dicentis, Ioan. 14:6: ego sum via, veritas et vita.

Vérité même, Dieu vérité

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Thomas d'Aquin - CG.III.51 - Comment Dieu est connu par essence

// : Quod.Xq8 ; DeVer.q8a1 ; I.q12a5 ; Suppl.q92a1 ; Comm.Jean.I.11 (pp. 134-139) ; Compendium I.105 ; Comm.1Co.XIII.4

1. Or, puisqu'il est impossible que le désir naturel soit vain (inane), ce qui serait le cas s'il n'était pas possible de parvenir à l'intellection de la substance divine — que toutes les esprits désirent naturellement —, il est nécessaire de dire qu'il est possible que la substance de Dieu soit vue par l'intellect, tant par les substances intellectuelles séparées que par nos âmes.

1. Cum autem impossibile sit naturale desiderium esse inane, quod quidem esset si non esset possibile pervenire ad divinam substantiam intelligendam, quod naturaliter omnes mentes desiderant; necesse est dicere quod possibile sit substantiam Dei videri per intellectum, et a substantiis intellectualibus separatis, et ab animabus nostris.

2. Quant au mode de cette vision, il apparaît déjà assez, d'après ce qui a été dit, quel il doit être (qualis esse debeat). Il a été montré plus haut, en effet, que la substance divine ne peut être vue par l'intellect par quelque espèce créée. D'où il importe, si l'essence de Dieu est vue, que l'intellect la voie par l'essence divine elle-même : de sorte que, dans une telle vision, l'essence divine soit à la fois ce qui est vu (quod videtur) et ce par quoi l'on voit (quo videtur). 2. Modus autem huius visionis satis iam ex dictis qualis esse debeat, apparet. Ostensum enim est supra quod divina substantia non potest videri per intellectum aliqua specie creata. Unde oportet, si Dei essentia videatur, quod per ipsammet essentiam divinam intellectus ipsam videat: ut sit in tali visione divina essentia et quod videtur, et quo videtur.
3. Or, puisqu'un intellect ne peut intelliger une substance sans devenir en acte selon quelque espèce (secundum aliquam speciem) l'informant — laquelle est similitude de la chose intelligée —, il peut sembler impossible à certains que l'intellect créé puisse voir par l'essence divine la substance même de Dieu comme par une certaine espèce intelligible (quasi per quandam speciem intelligibilem) : puisque l'essence divine est quelque chose de subsistant par soi-même ; et qu'il a été montré au premier [livre, chap. 26 et ss.] que Dieu ne peut être la forme de quoi que ce soit. 3. Cum autem intellectus substantiam aliquam intelligere non possit nisi fiat actu secundum aliquam speciem informantem ipsum quae sit similitudo rei intellectae, impossibile videri potest alicui quod per essentiam divinam intellectus creatus possit videre ipsam Dei substantiam quasi per quandam speciem intelligibilem: cum divina essentia sit quiddam per seipsum subsistens; et in primo ostensum sit quod Deus nullius potest esse forma.

4. Pour l'intelligence de cette vérité, il faut donc considérer qu'une substance qui est subsistante par elle-même est soit forme seulement, soit composée de matière et de forme.

  • Ce qui est composé de matière et de forme ne peut donc pas être la forme d'un autre : car la forme en lui est déjà contractée à cette matière-là, de sorte qu'elle ne peut être la forme d'une autre chose.
  • En revanche, ce qui est subsistant de telle sorte qu'il soit seulement forme peut être la forme d'un autre, pourvu que son être soit tel qu'il puisse être participé par un autre, comme nous l'avons montré au second [livre] au sujet de l'âme humaine.

Si toutefois son être ne pouvait être participé par un autre, il ne pourrait être la forme d'aucune chose : car il est ainsi déterminé en lui-même par son propre être, comme le sont par la matière les choses qui sont matérielles.

Or, de même que cela se trouve dans l’être substantiel ou naturel, de même faut-il le considérer dans l’être intelligible.

En effet, puisque la perfection de l'intellect est le vrai, cet intelligible-là sera comme une forme — et cela uniquement dans le genre des intelligibles1 — qui est la vérité même. Or, cela ne convient qu'à Dieu seul ; car, puisque le vrai suit l'être, cela seul est sa propre vérité qui est son propre être, ce qui est le propre de Dieu seul, comme il a été montré au second [livre].

Les autres intelligibles subsistants ne sont donc pas comme une forme pure dans le genre des intelligibles, mais comme possédant une forme dans un certain sujet : en effet, chacun d'eux est vrai, mais n'est pas la vérité ; tout comme il est un ens, mais n'est pas l'être lui-même (ipsum esse).

Il est donc manifeste que l'essence divine peut se comparer à l'intellect créé comme l'espèce intelligible par laquelle il intellige ; ce qui n'arrive pour l'essence d'aucune autre substance séparée.

  • Et pourtant, elle ne peut être la forme d'une autre chose selon l'être naturel (esse naturale) : car il s'ensuivrait que, jointe à une autre, elle constituerait une seule nature2 ; ce qui ne peut être, puisque l'essence divine est en soi parfaite dans sa [propre] nature.
  • En revanche, l'espèce intelligible, unie à l'intellect, ne constitue pas quelque nature (aliquam naturam), mais le perfectionne pour intelliger : ce qui ne répugne pas à la perfection de l'essence divine.

4. Ad huius igitur intelligentiam veritatis, considerandum est quod substantia quae est per seipsam subsistens, est vel forma tantum, vel compositum ex materia et forma.

  • Illud igitur quod ex materia et forma compositum est, non potest alterius esse forma: quia forma in eo est iam contracta ad illam materiam, ut alterius rei forma esse non possit.
  • Illud autem quod sic est subsistens ut tamen solum sit forma, potest alterius esse forma, dummodo esse suum sit tale quod ab aliquo alio participari possit, sicut in secundo ostendimus de anima humana.

Si vero esse suum ab altero participari non posset, nullius rei forma esse posset: sic enim per suum esse determinatur in seipso, sicut quae sunt materialia per materiam.

Hoc autem, sicut in esse substantiali vel naturali invenitur, sic et in esse intelligibili considerandum est.

Cum enim intellectus perfectio sit verum, illud intelligibile erit ut forma tantum in genere intelligibilium quod est veritas ipsa. Quod convenit soli Deo nam cum verum sequatur ad esse, illud tantum sua veritas est quod est suum esse, quod est proprium soli Deo, ut in secundo ostensum est.

Alia igitur intelligibilia subsistentia sunt non ut pura forma in genere intelligibilium, sed ut formam in subiecto aliquo habentes: est enim unumquodque eorum verum, non veritas; sicut et est ens, non autem ipsum esse.

Manifestum est igitur quod essentia divina potest comparari ad intellectum creatum ut species intelligibilis qua intelligit: quod non contingit de essentia alicuius alterius substantiae separatae.

  • Nec tamen potest esse forma alterius rei secundum esse naturale: sequeretur enim quod, simul cum alio iuncta, constitueret unam naturam; quod esse non potest, cum essentia divina in se perfecta sit in sui natura.
  • Species autem intelligibilis, unita intellectui, non constituit aliquam naturam, sed perficit ipsum ad intelligendum: quod perfectioni divinae essentiae non repugnat.
 5. Cette vision immédiate de Dieu nous est donc promise dans l'Écriture, en I Cor. 13, 12 : Nous voyons maintenant par un miroir, en énigme ; mais alors [ce sera] face à face. Intelliger cela d'une manière corporelle ne peut être affirmée (nefas), comme si nous imaginions dans la divinité même un visage corporel — puisqu'il a été montré que Dieu est incorporel — ; et il n'est pas non plus possible que nous voyions Dieu par notre visage corporel, puisque la vue corporelle, qui réside dans notre visage, ne peut porter que sur des choses corporelles.

C'est donc ainsi que nous verrons Dieu face à face : parce que nous le verrons immédiatement, comme un homme que face à face nous voyons. 

 5. Haec igitur visio immediata Dei repromittitur nobis in Scriptura, I Cor. 13:12: videmus nunc per speculum in aenigmate: tunc autem facie ad faciem. Quod corporali modo nefas est intelligere, ut in ipsa divinitate corporalem faciem imaginemur: cum ostensum sit Deum incorporeum esse; neque etiam sit possibile ut nostra corporali facie Deum videamus, cum visus corporalis, qui in facie nostra residet, non nisi rerum corporalium esse possit.

Sic igitur facie ad faciem Deum videbimus, quia immediate eum videbimus, sicut hominem quem facie ad faciem videmus.

6. C'est selon cette vision que nous sommes assimilés3 à Dieu au plus haut point (maxime Deo assimilamur), et que nous sommes participants de sa béatitude : car Dieu lui-même intellige sa propre substance par sa propre essence, et cela est sa félicité.

D'où ce qui est dit en 1 Jean 3, 2 : lorsqu'il apparaîtra, nous serons semblables à lui et nous le verrons tel qu'il est. Et en Luc 22, le Seigneur dit : Je dispose pour vous, comme mon Père en a disposé pour moi, d'une table, afin que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume. Ce qui, certes, ne peut s'entendre d'une nourriture ou d'une boisson corporelles, mais de celle qui est prise à la table de la Sagesse, dont il est dit par la Sagesse en Proverbes 9, 5 : Mangez mes pains, et buvez le vin que je vous ai mêlé.

Mangent donc et boivent à la table de Dieu ceux qui jouissent (fruuntur) de la même félicité par laquelle Dieu est heureux (felix), en le voyant de la manière dont lui-même se voit.

6. Secundum autem hanc visionem maxime Deo assimilamur, et eius beatitudinis participes sumus: nam ipse Deus per suam essentiam suam substantiam intelligit, et haec est eius felicitas.

Unde dicitur I Ioan. 3:2: cum autem apparuerit, similes ei erimus et videbimus eum sicuti est. Et Luc. 22, dominus dicit: ego dispono vobis sicut disposuit mihi pater meus mensam, ut edatis et bibatis super mensam meam in regno meo. Quod quidem non de corporali cibo vel potu intelligi potest, sed de eo qui in mensa sapientiae sumitur, de quo a sapientia dicitur, Proverb. 9:5: comedite panes meos, et bibite vinum quod miscui vobis.

Super mensam ergo Dei manducant et bibunt qui eadem felicitate fruuntur qua Deus felix est, videntes eum illo modo quo ipse videt seipsum.


1 Du point de vue de l'être Dieu n'est la forme de rien, mais du point de vue de notre connaissance dans la béatitude Dieu est "comme une forme".

2 En découlerait donc un panthéisme.

3 Thomas utilise le mot assimilés (de "similitude") alors qu'il dit explicitement que Dieu n'est pas connu par l'intermédiaire d'une similitude dans la béatitude (DeVer.q8a1ad7) ; dans la vision béatifique, "l'essence divine est à la fois ce qui est vu et ce par quoi l'on voit". C'est qu'il entend illustrer son propos par un passage biblique qui compare métaphoriquement le commerce avec Dieu avec l'assimilation physique de la nourriture, celle-ci devenant une avec le corps. Sans doute Thomas pense-t-il ici également à l'Eucharistie.

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Commentaire de Gemini : 

La phrase de saint Thomas « illud tantum sua veritas est quod est suum esse » touche au cœur de sa métaphysique. Elle explique pourquoi Dieu est le seul être dont l'essence peut s'unir directement à notre esprit sans passer par une image.

Voici l'explication décomposée en trois étapes :

1. La distinction habituelle entre l'Être et le Vrai

  • Pour toutes les créatures (un arbre, un homme, un triangle), il y a une différence entre ce qu'elles sont (leur être) et la connaissance que l'on en a (leur vérité).
  • L'être d'une pierre est dans la nature, au bord du chemin.
  • La vérité de la pierre est dans votre esprit, sous la forme d'un concept ou d'une image (species).
  • Conséquence : La pierre n'entre pas physiquement dans votre cerveau. Pour la connaître, votre intelligence doit fabriquer un « intermédiaire » qui ressemble à la pierre. Il y a donc une distance entre l'être et le vrai.

2. L'identité absolue en Dieu

  • En Dieu, cette distance disparaît. Saint Thomas affirme que Dieu est « l'Acte pur d'être » (Ipsum Esse Subsistens). Il ne « possède » pas l'existence, il est l'existence.
  • Puisque le « vrai » est simplement l'être en tant qu'il est intelligible (saisissable par l'esprit), si l'être de Dieu est infini et pur, sa vérité l'est aussi.
  • Dieu n'a pas besoin de « produire » une vérité sur lui-même : Son Être et Sa Vérité sont une seule et même réalité.

3. Pourquoi cette phrase est-elle la clé de la Vision Béatifique ?

C'est ici que le lien avec votre texte précédent se fait :

  • Si vous voulez connaître un arbre, vous utilisez une image (car l'être de l'arbre n'est pas sa vérité).
  • Mais pour connaître Dieu « tel qu'il est », aucune image ne suffit, car aucune image créée ne peut être « l'Être même ».
  • Puisque « cela seul est sa propre vérité qui est son propre être », alors pour que l'intelligence humaine atteigne la Vérité absolue de Dieu, il faut que l'Être même de Dieu vienne directement remplir l'intelligence.

En résumé

Thomas veut dire que Dieu est le seul être « transparent » à lui-même. Chez Lui, il n'y a pas de différence entre « exister » et « être vrai ».

Conséquence pratique : Dans la vision béatifique, Dieu ne nous envoie pas une « photo » de Lui (une similitude) ; Il se donne Lui-même, car sa « photo » la plus fidèle, c'est son propre Être. C'est pour cela qu'Il peut se comporter « comme une forme » pour notre intellect : Il est la seule Vérité assez puissante pour être identique à l'Être.

Vrai, Intelligible, Assimilation, Intellect, Forme, Connaissance de Dieu par essence, Vérité même, Dieu vérité

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Thomas d'Aquin - CGII.83.30 - L'intellect connaît par soi et naturellement un objet unique : l'ens

 

De plus. Puisque la nature est toujours ordonnée à un seul (ordinetur ad unum), il faut qu’à une seule puissance soit naturellement [ordonnée] à un seul objet : comme la vue à la couleur, et l’ouïe au son.

L’intellect étant donc une puissance unique, il existe pour lui un seul objet naturel dont il possède la connaissance par soi et naturellement. Or, il faut que ce soit là ce sous quoi sont compris tous les choses connues par l’intellect : de même que sous la couleur sont comprises toutes les couleurs, lesquelles sont visibles par soi.

Cela n’est rien d’autre que ce qui est (ens). Naturellement donc, notre intellect connaît ce qui est (ens), et ce qui appartient par soi à l’ens en tant que tel ; connaissance dans laquelle se fonde la connaissance des premiers principes, comme : "il n'est pas [possible] d'affirmer et de nier en même temps", et autres [principes] de ce genre.

Notre intellect ne connaît donc naturellement que ces seuls principes, et les conclusions par eux : de même que par la couleur, la vue connaît aussi bien les [sensibles] communs que les sensibles par accident.

Adhuc. Cum natura semper ordinetur ad unum, unius virtutis oportet esse naturaliter unum obiectum: sicut visus colorem, et auditus sonum.

Intellectus igitur cum sit una vis, est eius unum naturale obiectum, cuius per se et naturaliter cognitionem habet. Hoc autem oportet esse id sub quo comprehenduntur omnia ab intellectu cognita: sicut sub colore comprehenduntur omnes colores, qui sunt per se visibiles.

Quod non est aliud quam ens. Naturaliter igitur intellectus noster cognoscit ens, et ea quae sunt per se entis inquantum huiusmodi; in qua cognitione fundatur primorum principiorum notitia, ut non esse simul affirmare et negare, et alia huiusmodi.

Haec igitur sola principia intellectus noster naturaliter cognoscit, conclusiones autem per ipsa: sicut per colorem cognoscit visus tam communia quam sensibilia per accidens.

 


// : I.q16a4ad3 ; Iq5a2

Connaissance, Vue, Ouïe, Principes (premiers), Intellect, Être (ens), Cadit, Ens, Son, Ad unum, Couleur

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Thomas d'Aquin - CG.III.49.16 - Angoisses des philosophes

 

En quoi apparaît suffisamment quelle étroitesse (angustiam) subissaient de part et d’autre leurs brillants esprits (praeclara ingenia). De ces étroitesses nous serons libérés si nous posons, selon les démonstrations précédemment établies, que l’homme peut parvenir à la vraie félicité après cette vie, l’âme de l’homme étant immortelle ; en cet état, l’âme intelligera selon le mode selon lequel intelligent les substances séparées, comme cela a été montré dans le second livre de cet ouvrage. (CG.III,49,16)

 
In quo satis apparet quantam angustiam patiebantur hinc inde eorum praeclara ingenia. A quibus angustiis liberabimur si ponamus, secundum probationes praemissas, hominem ad veram felicitatem post hanc vitam pervenire posse, anima hominis immortali existente in quo statu anima intelliget per modum quo intelligunt substantiae separatae, sicut in secundo huius operis ostensum est.

Trad. : Grok.

Philosophie, Béatitude, Philosophes, Limite, Félicité, Immortalité

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Thomas d'Aquin - CG.III.123.6 - Entre l'époux et l'épouse, il semble y avoir la plus grande amitié

6. Qui plus est. Plus grande est l'amitié, plus elle est ferme et durable. Or, entre le mari et l'épouse, semble exister l'amitié la plus élevée (maxima amicitiae). Ils sont unis, en effet, non seulement dans (in) l'acte d'union charnelle, qui même parmi les animaux établit une certaine douce société, mais aussi pour (ad) la communauté de la vie de la maisonnée (domesticae) toute entière. C'est en signe de cela que l'homme quitte même son père et sa mère à cause de son épouse, comme il est dit en Genèse, 2. Il convient donc que le mariage soit indissoluble.

(CG.III.123.6)

Amplius. Amicitia, quanto maior, tanto est firmior et diuturnior. Inter virum autem et uxorem maxima amicitia esse videtur: adunantur enim non solum in actu carnalis copulae, quae etiam inter bestias quandam suavem societatem facit, sed etiam ad totius domesticae conversationis consortium; unde, in signum huius, homo propter uxorem etiam patrem et matrem dimittit, ut dicitur Gen. 2:24. Conveniens igitur est quod matrimonium sit omnino indissolubile.  

 

 


   Très intéressant passage où saint Thomas pense pouvoir tirer de son observation (videtur : il semble que) que le mariage recèle la forme la plus élevée de l'amitié humaine. Et pour cela il souligne deux dimensions toutes les deux liées à notre conditionnement physique : l'union des corps et le partage entier des biens et des activités concrètes (communauté de vie). Or, puisque c'est l'élément de l'amour spirituel qui fait la véritable amitié, toutes ces dimensions sont donc assumées par un amour spirituel.
   Mais Thomas est viscéralement attaché à son choix de vie religieuse. C'est donc intéressant de voir en creux ce à quoi il renonce. Quand il écarte le mariage pourtant hautement légitime selon la nature, il offre non seulement la dimension de l'union affective et sensible mais plus encore la possibilité d'expérimenter un amour spirituel qui imbibe toutes les dimensions concrètes de la vie. En homme du Moyen-Âge, c'est toujours le sacrifice de la dimension de l'union physique qu'il soulignera toujours (il est très impressionné par ce que raconte saint Augustin à ce sujet : l'amour sensible est tellement puissant qu'il diminue vraiment trop l'exercice de la partie propre de l'homme : sa raison) ; mais, en creux, c'est ici d'un sacrifice encore supérieur dont il parle : la maxima amicitia. C'est beau de voir saint Thomas reconnaître le privilège de cette amitié. C'est beau de voir le trésor qu'il a offert réellement et celui que les époux chrétiens, eux, offrent intentionnellement ("Si quelqu’un vient à moi et ne hait (misei) pas (...) sa femme, ses enfants (...) et même sa propre vie, il ne peut être mon disciple." Lc 14).

Voir II-II, q. 23, a. 1 : La charité et-elle une amitié ?

Mariage, Amitié, Union charnelle

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Thomas d'Aquin - CG.III.63.9-10 - La vie contemplative commence en cette vie et continue dans la future, au contraire de la vie active et politique

9. Ainsi est-il évident que par la vision divine les substances intellectuelles obtiennent le bonheur véritable, en lequel tous les désirs sont apaisés, et où tous les biens se trouvent avec la pleine suffisance (...) requise pour le bonheur. (...).

10. Dans la vie présente, rien n'est plus semblable à ce bonheur ultime et parfait que la vie de ceux qui contemplent la vérité, autant qu'il est possible en cette vie. Voilà pourquoi les philosophes, qui ne purent avoir une pleine connaissance de ce bonheur ultime, placèrent le bonheur ultime de l'homme dans la contemplation qui est possible en cette vie. C'est aussi pour cette raison que la vie contemplative est, de toutes les [formes de] vies, celle que la Sainte Ecriture recommande davantage, par ces mots du Seigneur dans Luc, 10,42 : Marie a choisi la meilleure part, c'est à dire la contemplation de la vérité, qui ne lui sera pas ôtée. La contemplation de la vérité a en effet son commencement en cette vie, et sa consommation dans la vie future, tandis que la vie active et politique ne s'étend pas au-delà des limites de la vie présente.

(CG.III.63.9-10)

9. Sic igitur patet quod per visionem divinam consequuntur intellectuales substantiae veram felicitatem, in qua omnino desideria quietantur, et in qua est plena sufficientia omnium bonorum, quae (...) ad felicitatem requiritur. (...).

10. Huius autem ultimae et perfectae felicitatis in hac vita nihil est adeo simile sicut vita contemplantium veritatem, secundum quod est possibile in hac vita. Et ideo philosophi, qui de illa felicitate ultima plenam notitiam habere non potuerunt, in contemplatione quae est possibilis in hac vita, ultimam felicitatem hominis posuerunt. Propter hoc etiam, inter alias vitas, in Scriptura divina magis contemplativa commendatur, dicente domino, Lucae 10:42: Maria optimam partem elegit, scilicet contemplationem veritatis, quae non auferetur ab ea. Incipit enim contemplatio veritatis in hac vita, sed in futura consummatur: activa vero et civilis vita huius vitae terminos non transcendit.  

 


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Thomas d'Aquin - CG.III.c116.5 - La fin de toute législation, c’est donc que l’homme aime Dieu

De plus. Par le commandement de la loi promulguée, les législateurs meuvent ceux à qui la loi est donnée. Or, dans toutes les choses mues par un premier moteur, est mû plus parfaitement ce qui participe davantage à la motion du premier moteur, et à sa ressemblance. Or Dieu, qui donne la loi divine, fait toutes choses pour son amour. Donc celui qui tend vers lui de cette manière, c’est-à-dire en l’aimant, est le plus parfaitement mû vers lui. Or tout agent vise la perfection dans ce qu’il fait. La fin de toute législation, c’est donc que l’homme aime Dieu.

(CG.III.c116.5)

Adhuc. Legislatores imperio legis editae movent eos quibus lex datur. In omnibus autem quae moventur ab aliquo primo movente, tanto aliquid perfectius movetur quanto magis participat de motione primi moventis, et de similitudine ipsius. Deus autem, qui est legis divinae dator, omnia facit propter suum amorem. Qui igitur hoc modo tendit in ipsum, scilicet amando, perfectissime movetur in ipsum. Omne autem agens intendit perfectionem in eo quod agit. Hic igitur est finis totius legislationis, ut homo Deum amet.

 


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