Thomas d'Aquin - DeRat.5 - Réparer l'homme pour qu'il aime Dieu par dessus tout
Or, le mode de la réparation dut être tel qu'il convienne à la fois
à la nature à réparer
et à la maladie.
À la nature à réparer, dis-je, parce que, l'homme étant d'une nature rationnelle douée de libre arbitre, il devait être rappelé à l'état de rectitude, non par la nécessité d'une force extérieure, mais par sa volonté propre ;
à la maladie également parce que, celle-ci consistant en une perversité de la volonté, il fallut que la réparation se fît par le fait que la volonté soit ramenée à la rectitude. Or, la rectitude de la volonté humaine consiste dans l'ordination de l'amour, qui est l'affection principale ; et l'amour est ordonné lorsque
nous aimons (diligamus) Dieu par-dessus tout (super omnia) comme le souverain bien (summum bonum),
et que soient rapportées à lui toutes les choses que nous aimons comme à leur fin ultime,
et qu'enfin soit gardé dans les autres choses à aimer l'ordre dû (debitus ordo), à savoir que nous préférions les [réalités] spirituelles aux [réalités] corporelles.
(De rationibus fidei, 5)
Modus autem reparationis talis esse debuit qui
et naturae reparandae conveniret
et morbo.
Naturae dico reparandae quia, cum homo sit rationalis naturae libero arbitrio praeditus, non necessitate exterioris virtutis sed per propriam voluntatem ad statum rectitudinis revocandus fuit;
morbo etiam quia, cum morbus in perversitate voluntatis consisteret, oportuit reparationem fieri per hoc quod voluntas ad rectitudinem reduceretur. Voluntatis autem humanae rectitudo consistit in ordinatione amoris qui est principalis affectio; ordinatus autem amor est
ut Deum super omnia diligamus quasi summum bonum
et ut in ipsum referantur omnia quae amamus sicut in ultimum finem,
et ut etiam in ceteris amandis debitus ordo servetur, ut scilicet spiritualia corporalibus praeferamus.