Or, ce qui est en premier intelligé par nous, selon l’état de la vie présente, c’est la quiddité de la chose matérielle, qui est l’objet de notre intellect, comme cela a été dit de nombreuses fois plus haut.
Primum autem quod intelligitur a nobis secundum statum praesentis vitae, est quidditas rei materialis, quae est nostri intellectus obiectum, ut multoties supra dictum est..
Contexte : nous nous intéressons à la ratio boni dont TH. se sert ici à propos du péché. Il va terminer en distinguant quatre sortes de bien et en montrant que chacun d'eux répond à ce qui caractérise n'importe quel bien, c'est à dire ce qui caractérise la ratio boni.
sont considérés par une certaine forme dont est tirée l'espèce.
(1) D'autre part, la forme de chaque chose (rei), de quelque qualité qu'elle soit,
ou substantielle
ou accidentelle,
est selon une certaine mesure (aliquam mesuram),
d'où est indiqué dans Metaph. VIII, que les formes des choses (rerum) sont comme les nombres. En sorte qu'une forme a un certain mode en relation à une mesure.
(3) Enfin, par sa forme, chaque chose est ordonnée à autre chose.
Sicut in primo dictum est,
modus,
species
et ordo
consequuntur
unumquodque bonum creatum inquantum huiusmodi,
et etiam unumquodque ens.
Omne enim
esse
et bonum
consideratur per aliquam formam, secundum quam sumitur species.
Forma autem uniuscuiusque rei, qualiscumque sit,
sive substantialis
sive accidentalis,
est secundum aliquam mensuram,
unde et in VIII Metaphys. dicitur quod formae rerum sunt sicut numeri. Et ex hoc habet modum quendam, qui mensuram respicit.
Ex forma vero sua unumquodque ordinatur ad aliud.
Ainsi,
selon divers degrés de biens
sont divers degrés
de mode,
d'espèce
et d'ordre.
[a. le bien substance]
Il y a donc un bien qui relève de la substance [trad. orig. : le fond (!!)] même de la nature, qui a son mode, espèce, ordre ;
celui-là n'est ni privé ni diminué par le péché.
[b. le bien inclination]
Il y a encore un certain bien, celui de l'inclination de la nature, et ce bien a aussi son mode, espèce, ordre,
et celui-là est diminué par le péché, comme nous l'avons dit, mais non totalement supprimé.
[c. le bien vertu]
Il y a encore un certain bien, celui de la vertu et de la grâce, qui a aussi son mode, son espèce et son ordre;
et celui-là est totalement supprimé par le péché mortel.
[d. le bien acte]
Il y a encore un certain bien qui est l'acte ordonné lui-même, qui a aussi son mode, son espèce, son ordre ;
et cette privation est essentiellement le péché lui-même.
[Conclusion]
De sorte qu'on voit de manière patente comment le péché
et est une privation de mode, d'espèce et d'ordre,
et prive ou diminue le mode, l'espèce et l'ordre [eux-mêmes].
Sic igitur
secundum diversos gradus bonorum,
sunt diversi gradus
modi,
speciei
et ordinis.
[a.]
Est ergo quoddam bonum pertinens ad ipsam substantiam naturae, quod habet suum modum, speciem et ordinem,
et illud nec privatur nec diminuitur per peccatum.
[b.]
Est etiam quoddam bonum naturalis inclinationis, et hoc etiam habet suum modum, speciem et ordinem,
et hoc diminuitur per peccatum, ut dictum est, sed non totaliter tollitur.
[c.]
Est etiam quoddam bonum virtutis et gratiae, quod etiam habet suum modum, speciem et ordinem,
et hoc totaliter tollitur per peccatum mortale.
[d.]
Est etiam quoddam bonum quod est ipse actus ordinatus, quod etiam habet suum modum, speciem et ordinem,
et huius privatio est essentialiter ipsum peccatum.
[Conclusion]
Et sic patet qualiter peccatum
et est privatio modi, speciei et ordinis;
et privat vel diminuit modum, speciem et ordinem.
1. -- Analogie avec la mesure : si une chose mesure tant, et si on modifie cette chose en gangeant ses mesures, alors elle n'est plus la même chose. Quelque chose qui est mesurée d'une certaine manière fait que cette chose est unique et ce qu'elle est. Voir la référence au numérique dans le Commentaire du De Trinitate de Boèce lorsqu'est traitée l'individuation qui se fait, chez TH., par la matière, avec donc l'aspect de la quantité.
2. -- Bien noter que TH. corrige l'ordre donné par Augustin : de mode, espèce, ordre, on passe a espèce, mode, ordre.
3. -- Dans l'ordre de l'être, espèce, mode, ordre, donneront la substance, l'individu, l'acte ; ou encore l'être selon la forme, tel être concret, l'être en acte.
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Les quatre biens évoqués par TH. :
[a.] -- Le bien-substance n'est pas touché par le péché, un homme reste un homme qu'il soit pécheur ou non.
[b.] -- L'inclination naturelle n'est pas touchée en elle-même puisqu'elle dépend de ce qu'est une chose (le bien substance) mais elle peut être diminuée dans son exercice réel, comme recouverte.
[c.] -- La vertu morale est acquise, elle peut donc se perdre totalement. La grâce est donnée à la nature, elle peut donc se perdre également.
[d.] -- Le bien moral doit aller jusqu'à l'accomplissement, l'application concrète, d'un acte et celui-ci peut très bien ne pas l'être ou remplacé par un autre qui ne convient pas (et ce d'autant plus que la vertu et la grâce auront été perdues).
Dans ces différents biens, que sont le mode, l'espèce, l'ordre ?
[a.] -- Le mode du bien substance c'est l'existence concrète d'un être (ex. : tel homme, Jean, l'individu) ; l'espèce d'un bien-substance, c'est ce qu'il est (ex. : un homme) ; l'ordre d'un bien substance, c'est qu'il existe en acte.
[b.] -- Le mode de l'inclination naturelle c'est son existence concrète et unique dans tel être individué ; l'espèce, ce qu'est cette inclination (ex. : l'inclination de la volonté au bien) ; l'ordre, l'accomplissement de cette inclination (ex. : l'inclination en acte de la volonté au bien, l'ami qui veut le bien de son ami et qui agit pour que cela arrive).
[c.] -- Idem que b. mais pour ce qui est acquis, ajouté à la nature.
[d.] -- Tel acte ; ce qu'est cet acte ; jusqu'à quel point cet acte pousse jusqu'à sa perfection (ex. l'action héroïque ; cf. la différence entre une oeuvre accomplie par un artisan ordinaire et celle accomplie par un maître artisan).