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Thomas d'Aquin - II-II.q184a1 - C'est la charité qui nous unit à Dieu, lui qui est la fin ultime de l'esprit humain

Je réponds qu'il faut dire qu'une chose est dite être parfaite dans la mesure où elle atteint sa fin propre (attingit proprium finem), laquelle est l'ultime perfection de la chose. Or, c'est la charité qui nous unit à Dieu, lui qui est la fin ultime de l'esprit humain ; car "celui qui demeure dans la charité demeure en Dieu, et Dieu en lui", comme il est dit en 1 Jean IV. Et c'est pourquoi la perfection de la vie chrétienne s'apprécie spécialement selon la charité.

Respondeo dicendum quod unumquodque dicitur esse perfectum inquantum attingit proprium finem, qui est ultima rei perfectio. Caritas autem est quae unit nos Deo, qui est ultimus finis humanae mentis, quia qui manet in caritate, in Deo manet, et Deus in eo, ut dicitur I Ioan. IV. Et ideo secundum caritatem specialiter attenditur perfectio vitae Christianae.

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Thomas d'Aquin - II-II.q180a7ad1 - La perfection ultime de la vie contemplative c'est que non seulement la vérité divine soit vue, mais aussi aimée

ll faut donc répondre au premier argument que la vie contemplative, bien qu'elle consiste essentiellement dans l'intellect, a néanmoins son principe dans l'affect, dans la mesure où c'est par la charité que l'on est incité à la contemplation de Dieu. Et parce que la fin répond au principe, il s'ensuit que le terme et la fin de la vie contemplative se trouvent aussi dans l'affect : lorsque l'on se délecte dans la vision de la chose aimée, et que cette délectation même de la chose vue excite plus encore l'amour.

C'est pourquoi Grégoire dit, dans son Commentaire sur Ézéchiel : "quand on a vu celui qu'on aime, on s'embrase plus encore d'amour pour lui". Et c'est là l'ultime perfection de la vie contemplative : que non seulement la vérité divine soit vue, mais aussi qu'elle soit aimée.

Ad primum ergo dicendum quod vita contemplativa, licet essentialiter consistat in intellectu, principium tamen habet in affectu, inquantum videlicet aliquis ex caritate ad Dei contemplationem incitatur. Et quia finis respondet principio inde est quod etiam terminus et finis contemplativae vitae habetur in affectu, dum scilicet aliquis in visione rei amatae delectatur, et ipsa delectatio rei visae amplius excitat amorem.

Unde Gregorius dicit, super Ezech., quod cum quis ipsum quem amat viderit, in amorem ipsius amplius ignescit. Et haec est ultima perfectio contemplativae vitae, ut scilicet non solum divina veritas videatur, sed etiam ut ametur.

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Thomas d'Aquin - II-II.q180a1 - Intellect et volonté dans la vie contemplative

Si la vie contemplative ne se trouve en rien dans l'affect, mais tout entière dans l'intellect

Utrum vita contemplativa nihil habeat in affectu, sed totum in intellectu
Obj. 1. Premièrement, il semble que la vie contemplative n'ait aucun rapport avec l'affect, mais qu'elle en ait un entier avec l'intellect. En effet, le Philosophe dit, au livre II de la Métaphysique, que la fin de la contemplation est la vérité. Or, la vérité appartient totalement à l'intellect. Donc, il semble que la vie contemplative consiste totalement dans l'intellect. Ad primum sic proceditur. Videtur quod vita contemplativa nihil habeat in affectu, sed totum in intellectu. Dicit enim philosophus, in II Metaphys., quod finis contemplationis est veritas. Veritas autem pertinet ad intellectum totaliter. Ergo videtur quod vita contemplativa totaliter in intellectu consistat.
 Obj. 2. Praetera
 Obj. 3. Praetera

Réponse : Comme il a été dit, la vie contemplative est dite être celle de ceux qui tendent principalement vers la contemplation de la vérité. Or, l’intention est un acte de la volonté, comme on l’a établi plus haut, car l’intention porte sur la fin, laquelle est l’objet de la volonté. C’est pourquoi la vie contemplative,

  • quant à l’essence même de l’action, relève de l’intellect ;
  • mais quant à ce qui meut à exercer une telle opération, elle relève de la volonté, laquelle meut toutes les autres puissances, et même l’intellect, vers son acte, comme il a été dit plus haut.

Or, la puissance appétitive meut à regarder quelque chose,

  • soit sensiblement,
  • soit intelligiblement,
  • tantôt en raison de l’amour de la chose vue — car, comme il est dit en Matthieu VI : "là où est ton trésor, là aussi est ton cœur" —
  • tantôt en raison de l’amour de la connaissance elle-même qui provient de ce regard qui pénètre à l'intérieur (inspectione).

Et c’est pour cela que Grégoire fait consister la vie contemplative dans la charité de Dieu, en tant que, précisément, par la dilection de Dieu, on s'enflamme (inardescit) pour la contemplation (conspiciendam) de sa beauté. Et parce que chacun est délecté lorsqu’il a obtenu ce qu’il aime, la vie contemplative se termine dans la délectation, laquelle est dans l’affect (in affectu), et par laquelle aussi l’amour s'intensifie (amor intenditur).

Respondeo dicendum quod, sicut dictum est, vita contemplativa illorum esse dicitur qui principaliter intendunt ad contemplationem veritatis. Intentio autem est actus voluntatis, ut supra habitum est, quia intentio est de fine, qui est voluntatis obiectum. Et ideo vita contemplativa,

  • quantum ad ipsam essentiam actionis, pertinet ad intellectum,
  • quantum autem ad id quod movet ad exercendum talem operationem, pertinet ad voluntatem, quae movet omnes alias potentias, et etiam intellectum, ad suum actum, ut supra dictum est.

Movet autem vis appetitiva ad aliquid inspiciendum,

  • vel sensibiliter
  • vel intelligibiliter,
  • quandoque quidem propter amorem rei visae, quia, ut dicitur Matth. VI, ubi est thesaurus tuus, ibi est et cor tuum,
  • quandoque autem propter amorem ipsius cognitionis quam quis ex inspectione consequitur.

Et propter hoc Gregorius constituit vitam contemplativam in caritate Dei, inquantum scilicet aliquis ex dilectione Dei inardescit ad eius pulchritudinem conspiciendam. Et quia unusquisque delectatur cum adeptus fuerit id quod amat, ideo vita contemplativa terminatur ad delectationem, quae est in affectu, ex qua etiam amor intenditur.

 

Ad. 1. Il faut donc répondre au premier argument que du fait même que la vérité est la fin de la contemplation, elle possède la raison d'un bien désirable, aimable et délectable. Et c’est sous cet aspect qu’elle relève de la puissance appétitive. Ad primum ergo dicendum quod ex hoc ipso quod veritas est finis contemplationis, habet rationem boni appetibilis et amabilis et delectantis. Et secundum hoc pertinet ad vim appetitivam.
 Ad. 2. Ad secundum
 Ad. 3. Ad tertium

1. - "conspiciendam", de "conspiciendam", a une dimension active par rapport à "contemplari", comme "inspectione" plus haut. D'ailleurs, cela arive par la "dilectio" (qui suppose un acte de la raison) et non simplement par l" "amor" (plus passif). La phrase suivante, qui parle de ce dans quoi se termine la vie contemplative, la délectation, est plus passive : on utilise un passif (delectatur), les mots amor et affectus.

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Thomas d'Aquin - II-II.q180a7 - Est délectable ET le fait de voir, ET le fait de voir une personne aimée

Une contemplation peut être délectable de deux façon.

D'une première manière, en raison de l’opération elle-même, parce que pour chacun, l’opération qui lui convient selon sa propre nature ou selon son habitus est délectable. Or, la contemplation de la vérité revient à l'homme selon sa nature, en tant qu'il est un animal rationnel. De là vient que "tous les hommes désirent naturellement savoir", et que par conséquent ils se délectent dans la connaissance de la vérité. Et cela devient encore plus délectable pour celui qui possède l’habitus de la sagesse et de la science, par lequel il arrive que l’on contemple sans difficulté.

D’une autre manière, la contemplation est rendue délectable du fait de l'objet, à savoir en tant que quelqu'un contemple la chose aimée ; comme il arrive aussi dans la vision corporelle qu'elle soit rendue délectable non seulement du fait que voir est en soi délectable, mais aussi du fait que l'on voit une personne aimée. Puisque donc la vie contemplative consiste principalement dans la contemplation de Dieu, à laquelle meut la charité (comme il a été dit), il s'ensuit que dans la vie contemplative, il y a une délectation non seulement en raison de la contemplation elle-même, mais en raison de l’amour divin lui-même.

Et sous ce double aspect, sa délectation surpasse toute délectation humaine. Car,

  • d'une part, la délectation spirituelle est plus puissante que la délectation charnelle (comme cela a été établi plus haut, lors du traité sur les passions),
  • et d'autre part, l'amour même par lequel Dieu est chéri par charité surpasse tout amour. C'est pourquoi il est dit dans le Psaume : Goûtez et voyez comme le Seigneur est suave.

Respondeo dicendum quod aliqua contemplatio potest esse delectabilis dupliciter.

Uno modo, ratione ipsius operationis, quia unicuique delectabilis est operatio sibi conveniens secundum propriam naturam vel habitum. Contemplatio autem veritatis competit homini secundum suam naturam, prout est animal rationale. Ex quo contingit quod omnes homines ex natura scire desiderant, et per consequens in cognitione veritatis delectantur. Et adhuc magis fit hoc delectabile habenti habitum sapientiae et scientiae, ex quo accidit quod sine difficultate aliquis contemplatur.

Alio modo contemplatio redditur delectabilis ex parte obiecti, inquantum scilicet aliquis rem amatam contemplatur, sicut etiam accidit in visione corporali quod delectabilis redditur non solum ex eo quod ipsum videre est delectabile, sed ex eo etiam quod videt quis personam amatam. Quia ergo vita contemplativa praecipue consistit in contemplatione Dei, ad quam movet caritas, ut dictum est; inde est quod in vita contemplativa non solum est delectatio ratione ipsius contemplationis, sed ratione ipsius divini amoris.

Et quantum ad utrumque eius delectatio omnem delectationem humanam excedit. Nam

  • et delectatio spiritualis potior est quam carnalis, ut supra habitum est, cum de passionibus ageretur,
  • et ipse amor quo ex caritate Deus diligitur, omnem amorem excedit. Unde et in Psalmo dicitur, gustate, et videte quoniam suavis est dominus.

Amour, Contemplation, Vision, Délectation, Personne

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