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Thomas d'Aquin - Comm.Noms.Divins.IV.1.269 - Dieu seul est bon par essence, les autres choses par participation

Il dit donc en premier lieu qu’après les préliminaires, il faut maintenant diriger le discours vers ce nom de bon, qui, dans la sainte Écriture, est attribué de manière excellente à la plus haute déité, laquelle, par sa bonté, se distingue de toutes les autres choses, comme cela ressort de ce passage de Luc 18 : Nul n'est bon, sinon Dieu seul. Et cela, pour deux raisons1 :

  • D'abord, certes, parce que l’essence divine elle-même est la bonté même, ce qui n'arrive pas dans les autres choses ; Dieu, en effet, est bon par son essence, tandis que toutes les autres choses le sont par participation ; chaque chose, en effet, est bonne en tant qu'elle est une chose en acte ; or, il est propre à Dieu d'être son [propre] être, d'où il suit que lui seul est sa [propre] bonté.
  • De même, les autres choses, bien qu'elles soient bonnes en tant qu'elles sont, obtiennent pourtant leur parfaite bonté par quelque chose de surajouté à leur être ; mais Dieu possède le complément de sa bonté dans son être même.
  • De même, les autres choses sont bonnes par ordre à quelque chose d'autre, qui est la fin ultime ; mais Dieu n'est ordonné à aucune fin hors de lui-même.

Ainsi donc,

  1. le premier trait qui est propre à la bonté divine est que cette bonté même est l'essence divine ;
  2. son second trait propre est qu'elle étend sa bonté à toutes [les choses], dont on dit qu'elles dérivent par participation de ce qui est dit bon par essence.

(Commentaire des Noms Divins, 4.1.269)

269. Dicit ergo primo quod post praemissa iam oportet sermonem dirigere de hoc nomine bonum quod in sacra Scriptura excellenter attribuitur supremae deitati, quae in bonitate distinguitur ab omnibus aliis rebus, ut patet per illud Lucae 18: nemo bonus nisi solus Deus. Et hoc, propter duo:

  • primo, quidem, quia ipsa divina essentia est ipsa bonitas, quod in aliis rebus non contingit: Deus enim est bonus per suam essentiam, omnia vero alia per participationem; unumquodque enim bonum est, secundum quod est res actu; Deo autem proprium est quod sit suum esse, unde ipse solus est sua bonitas.
  • Item, res aliae, etsi inquantum sunt, bonae sint, tamen perfectam bonitatem consequuntur per aliquod superadditum supra eorum esse; sed Deus in ipso suo esse, habet complementum suae bonitatis.
  • Item, res aliae sunt bonae per ordinem ad aliquid aliud, quod est ultimus finis; Deus autem non ordinatur ad aliquem finem extra se.

Sic igitur,

  1. primum quod est proprium divinae bonitatis est quod ipsa bonitas est essentia divina;
  2. secundum proprium eius est quod extendit bonitatem ad omnia, quae per participationem dicuntur derivari ab eo quod per essentiam dicitur.

 


1. Seule la première de ces raisons est détaillée, selon trois points distincts que l'ont peut rapprocher des trois modes de perfections de I.q6a3.

Acte, Perfection, Ordre, Bonté, Être, Fin ultime, Participation, Essence de Dieu, Être de Dieu, Bonté même, Bonté par essence, Addition, Suraddition, Bonté divine

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Thomas d'Aquin - Nous aimons quelqu'un d'amitié lorsque nous l'aimons pour son être même - Comm.Noms.Divins.4.9.404

  • ... non à cause d'une de ses qualités accidentelles dont nous retirons un bien

Quelqu'un est aimé de deux manières :

  • d'une première manière, sous la raison de bien subsistant [= nous aimons la personne subsistante elle-même pour elle-même]
    • et alors une chose est vraiment et proprement aimée quand nous voulons que soit le bien pour elle ;
    • et cet amour est appelé par plusieurs amour de bienveillance ou d’amitié (benevolentiae vel amicitiae) ;
  • d'une autre manière, par mode de bonté inhérente, selon qu'une chose est dite aimée, 
    • non pas en tant que nous voulons que soit le bien pour elle,
    • mais en tant que nous voulons que par cette chose un bien soit,
      • comme lorsque nous disons aimer la science ou la santé.

(Commentaire des Noms Divins, 4.9.404)

Dupliciter aliquid amatur :

  • uno modo, sub ratione subsistentis boni
    • et hoc vere et proprie amatur, cum scilicet volumus bonum esse ei ;
    • et hic amor, a multis vocatur amor benevolentiae vel amicitiae ;
  • alio modo, per modum bonitatis inhaerentis, secundum quod aliquid dicitur amari,
    • non inquantum volumus quod ei bonum sit,
    • sed inquantum volumus quod eo alicui bonum sit,
      • sicut dicimus amare scientiam vel sanitatem.

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1. Bien noter : TH. atteste que plusieurs auteurs ou enseignants utilisent déjà l'expression "amour d'amitié" ; il la reprend ici à son compte.

2. Benevolentia : disposition à vouloir du bien ; amor benevolentiae : amour par lequel nous voulons à l'autre le bien. Dans d'autres passages TH. ajoute que cet amour nous pousse à opérer le bien pour la personne qu'on aime d'amitié, c'est à dire nous pousse à travailler pour le bien de l'autre.

Amour, Amour d'amitié, Extase, Amour de Dieu, Amour de bienveillance, Amour de concupiscence, Amour de l'autre, Amour accidentel, NON REVU

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Thomas d'Aquin - Une seule réalité mérite d'être aimée plus que soi-même ou plus que les autres : Dieu - Comm.Noms.Divins.4.10.432

Quelqu’un doit aimer Dieu de sorte qu’il ne lui reste plus rien qui ne soit pas ordonné à Dieu.

Cependant, lorsqu’il aime des [réalités] égales ou inférieures, il suffit seulement qu’il soit à l'extérieur de lui-même en elles [ablatif : dans sans mouvement] de sorte 

  • qu’à soi seul il ne tende pas mais aux autres [aussi] ;
  • tout comme il ne faut pas qu’il s'ordonne totalement en elles.

(Commentaire des Noms Divins, 4.10.432)

Aliquis debet Deum amare, quod nihil sui sibi relinquat, quin in Deum ordinetur.

Cum autem aequalia vel inferiora amat, sufficit quod sit extra se exiens in illa ita dumtaxat

  • quod non sibi soli intendat, sed aliis ;
  • nec oportet quod totaliter se in illa ordinet.

Amour d'amitié, Extase, Amour de Dieu, Amour de l'autre, NON REVU

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