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Thomas d'Aquin - DeRat.5 - L'Incarnation montre la dignité de l'homme et sa capacité à participer à la béatitude de Dieu

Par cela aussi que Dieu s'est fait homme, l'espérance est donnée à l'homme que l'homme lui-même puisse parvenir à la participation de la parfaite béatitude, que Dieu seul possède naturellement.

L'homme, en effet, connaissant sa propre infirmité, si on lui promettait qu'il parviendrait à la béatitude dont les anges eux-mêmes sont à peine capables et qui consiste dans la vision et la fruition de Dieu, pourrait à peine espérer cela si, d'un autre côté, ne lui était montrée la dignité de la nature humaine, que Dieu estime au point que, pour son salut, il a voulu se faire homme ; et ainsi, par cela que Dieu s'est fait homme, il nous a donné l'espérance que l'homme aussi pût parvenir à cela que d'être uni à Dieu par la bienheureuse fruition.

(De rationibus fidei, 5)

Per hoc etiam quod Deus homo factus est, spes datur homini ut et homo pervenire possit ad perfectae beatitudinis participationem, quam solus Deus naturaliter habet.

Homo enim suam infirmitatem cognoscens, si ei promitteretur quod ad beatitudinem perveniret cuius vix angeli capaces sunt, quae scilicet in visione et fruitione Dei consistit, vix hoc sperare posset nisi ex alia parte sibi dignitas humanae naturae ostenderetur, quam tanti aestimat Deus ut pro eius salute homo fieri voluit; et sic per hoc quod Deus factus est homo spem nobis dedit ut homo etiam posset pervenire ad hoc quod uniretur Deo per beatam fruitionem.

 

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Thomas d'Aquin - DeRat.5 - Réparer l'homme pour qu'il aime Dieu par dessus tout

Or, le mode de la réparation dut être tel qu'il convienne à la fois

  • à la nature à réparer
  • et à la maladie.
  • À la nature à réparer, dis-je, parce que, l'homme étant d'une nature rationnelle douée de libre arbitre, il devait être rappelé à l'état de rectitude, non par la nécessité d'une force extérieure, mais par sa volonté propre ;
  • à la maladie également parce que, celle-ci consistant en une perversité de la volonté, il fallut que la réparation se fît par le fait que la volonté soit ramenée à la rectitude. Or, la rectitude de la volonté humaine consiste dans l'ordination de l'amour, qui est l'affection principale ; et l'amour est ordonné lorsque
    • nous aimons (diligamus) Dieu par-dessus tout (super omnia) comme le souverain bien (summum bonum),
    • et que soient rapportées à lui toutes les choses que nous aimons comme à leur fin ultime,
    • et qu'enfin soit gardé dans les autres choses à aimer l'ordre dû (debitus ordo), à savoir que nous préférions les [réalités] spirituelles aux [réalités] corporelles.

(De rationibus fidei, 5)

Modus autem reparationis talis esse debuit qui

  • et naturae reparandae conveniret
  • et morbo.
  • Naturae dico reparandae quia, cum homo sit rationalis naturae libero arbitrio praeditus, non necessitate exterioris virtutis sed per propriam voluntatem ad statum rectitudinis revocandus fuit;
  • morbo etiam quia, cum morbus in perversitate voluntatis consisteret, oportuit reparationem fieri per hoc quod voluntas ad rectitudinem reduceretur. Voluntatis autem humanae rectitudo consistit in ordinatione amoris qui est principalis affectio; ordinatus autem amor est
    • ut Deum super omnia diligamus quasi summum bonum
    • et ut in ipsum referantur omnia quae amamus sicut in ultimum finem,
    • et ut etiam in ceteris amandis debitus ordo servetur, ut scilicet spiritualia corporalibus praeferamus.

 

Amour, Nature, Libre arbitre, Volonté, Ordre, Maladie, Dilection, Rectitude, Réparation, Amour souverain, Bonté souveraine, Ordre dû, Volonté propre

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Thomas d'Aquin - DeDec.IX - Quelqu'un qui demande pardon devient un ami

Car on veut le bien d'autrui de deux manières :

  • d'une manière générale, en tant qu'il est précisément une créature de Dieu et capable de participer à la vie éternelle ;
  • et d'une manière spéciale, en tant qu'il est un compagnon ou un ami.

Or, personne n'est exclu de l'amour général : on doit en effet prier pour n'importe qui et secourir n'importe qui dans l'extrême nécessité. En outre, tu n'es pas tenu d'avoir une familiarité avec n'importe qui, à moins qu'il ne demande pardon ; car alors il est un ami, et si tu le rejettes, tu as en haine un ami.

Duobus enim modis quis vult bonum alteri,

  • generali modo inquantum scilicet creatura Dei est et participabilis vite eterne,
  • et speciali inquantum est socius vel amicus. 

A generali autem dilectione nullus excluditur, debet enim quis pro quolibet orare et cuilibet in necessitate ultima subuenire. Preterea non eum quolibet teneris habere familiaritatem nisi peteret veniam, quia tune esset amicus et si refutares haberes odio amicum.


Amitié, Haine, Vie éternelle, Pardon, Socius, Amour général, Amour spécial

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