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[Les perfections de toutes les choses sont en Dieu]
Les perfections de toutes les choses sont en Dieu. C'est pourquoi on l'appelle universellement parfait : car il ne lui manque aucune noblesse que l'on puisse trouver dans n'importe quel genre, comme le dit le Commentateur au livre V de la Métaphysique. Et cela peut être considéré à partir de deux raisons.
[1° Parce que toute perfection dans l'effet doit se trouver dans la cause efficiente]
Premièrement, du fait que toute perfection qui se trouve dans l'effet doit se trouver dans la cause efficiente :
- soit selon la même raison, s'il s'agit d'un agent univoque, comme l'homme engendre l'homme ;
- soit de manière plus éminente, s'il s'agit d'un agent équivoque, comme se trouve dans le soleil la similitude de ce qui est engendré par la vertu du soleil.
Il est manifeste en effet que l'effet préexiste virtuellement dans la cause agente ; or, préexister dans la vertu de la cause agente, ce n'est pas préexister d'une manière plus imparfaite, mais plus parfaite ; bien que préexister dans la puissance de la cause matérielle soit préexister d'une manière plus imparfaite, parce que la matière, en tant que telle, est imparfaite, tandis que l'agent, en tant que tel, est parfait.
Puisque donc Dieu est la cause efficiente première des choses, il faut que les perfections de toutes les choses préexistent en Dieu selon un mode plus éminent.
Et Denys touche cette raison au chapitre V des Noms Divins, en disant de Dieu qu'il n'est pas ceci tout en n'étant pas cela, mais qu'il est toutes choses, en tant qu'il est la cause de toutes.
[2° Parce que Dieu est l'être même subsistant par soi]
Deuxièmement, à partir de ce qui a été montré plus haut (q. 5, a. 4) : que Dieu est l'être même subsistant par soi ; d'où il découle qu'il doit contenir en soi toute la perfection de l'être.
[Majeure :] Il est manifeste en effet que, si une chose chaude ne possède pas toute la perfection du chaud, c'est parce que la chaleur n'est pas participée selon sa raison parfaite (perfectam ratio) ; mais si la chaleur était subsistante par soi, rien ne pourrait lui manquer de la vertu de la chaleur. Dès lors, puisque Dieu est l'être même subsistant, rien de la perfection de l'être ne peut lui manquer. [Mineure :] Or, les perfections de toutes les choses appartiennent à la perfection de l'être ; car c'est selon cela que certaines choses sont parfaites qu'elles possèdent l'être de quelque manière. [Conclusion :] D'où il suit que la perfection d'aucune chose ne manque à Dieu.
Et Denys touche aussi cette raison au chapitre V des Noms Divins, en disant que Dieu n'est pas existant d'une certaine manière, mais que simplement et sans circonscription, il pré-embrasse en lui-même tout l'être uniformément ; et il ajoute ensuite qu'il est lui-même l'être pour les choses subsistantes.
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Respondeo dicendum quod in Deo sunt perfectiones omnium rerum. Unde et dicitur universaliter perfectus, quia non deest ei aliqua nobilitas quae inveniatur in aliquo genere, ut dicit Commentator in V Metaphys. Et hoc quidem ex duobus considerari potest.
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Primo quidem, per hoc quod quidquid perfectionis est in effectu, oportet inveniri in causa effectiva,
- vel secundum eandem rationem, si sit agens univocum, ut homo generat hominem;
- vel eminentiori modo, si sit agens aequivocum, sicut in sole est similitudo eorum quae generantur per virtutem solis.
Manifestum est enim quod effectus praeexistit virtute in causa agente, praeexistere autem in virtute causae agentis, non est praeexistere imperfectiori modo, sed perfectiori; licet praeexistere in potentia causae materialis, sit praeexistere imperfectiori modo, eo quod materia, inquantum huiusmodi, est imperfecta; agens vero, inquantum huiusmodi, est perfectum.
Cum ergo Deus sit prima causa effectiva rerum, oportet omnium rerum perfectiones praeexistere in Deo secundum eminentiorem modum.
Et hanc rationem tangit Dionysius, cap. V de Div. Nom., dicens de Deo quod non hoc quidem est, hoc autem non est, sed omnia est, ut omnium causa.
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Secundo vero, ex hoc quod supra ostensum est, quod Deus est ipsum esse per se subsistens, ex quo oportet quod totam perfectionem essendi in se contineat.
Manifestum est enim quod, si aliquod calidum non habeat totam perfectionem calidi, hoc ideo est, quia calor non participatur secundum perfectam rationem, sed si calor esset per se subsistens, non posset ei aliquid deesse de virtute caloris. Unde, cum Deus sit ipsum esse subsistens, nihil de perfectione essendi potest ei deesse. Omnium autem perfectiones pertinent ad perfectionem essendi, secundum hoc enim aliqua perfecta sunt, quod aliquo modo esse habent. Unde sequitur quod nullius rei perfectio Deo desit.
Et hanc etiam rationem tangit Dionysius, cap. V de Div. Nom., dicens quod Deus non quodammodo est existens, sed simpliciter et incircumscripte totum in seipso uniformiter esse praeaccipit, et postea subdit quod ipse est esse subsistentibus.
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